Jean-Marc Bellefleur – Comment se dire bonjour en cette période covid 19 ?

Jean-Marc Bellefleur – Comment se dire bonjour en cette période covid 19 ?
Grain de sel/poivre ?

 
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PHARE FM : Bonjour Jean-Marc Bellefleur !

Jean-Marc Bellefleur : Bonjour Lisa, bonjour Nathanaël, bonjour tout le monde ! Aaaah ! La radio, c’est bien.

PHARE FM : Oui, c’est vrai, mais pourquoi dites-vous ça, Jean-Marc ?

Jean-Marc Bellefleur : Parce qu’au moins, quand je vous dis bonjour, je ne suis pas embêté avec les gestes à faire ou ne pas faire : la bise, la poignée de main, c’est sûr que non, mais le toucher du poing ou du coude… La voix suffit !

PHARE FM : C’est vrai que la pandémie actuelle nous contraint à de nouvelles pratiques.

Jean-Marc Bellefleur : Oui, les fameux gestes barrière. C’est vrai qu’il ne faut pas plaisanter avec la pandémie. Mais quand-même, Lisa, que deviennent alors nos retrouvailles sans leurs accolades, nos bises et nos poignées de mains amicales, familiales, cordiales ? Celles par lesquelles nous exprimons notre joie de nous revoir ?
Sans jeu de mot, avec cette distance imposée, j’ai l’impression de verser dans une relation distante… plate, froide, sans expression. Quand on ne prend pas le temps de se serrer la main, quand on ne s’arrête pas un instant pour faire la bise, c’est un peu comme s’il régnait un genre d’indifférence entre nous, comme si la relation n’était vécue qu’à moitié.

PHARE FM : Vous exprimez là un sentiment très inscrit dans nos cultures : se saluer sans contact physique apparaît comme incomplet.

Jean-Marc Bellefleur : Et même refuser un contact lors d’une salutation est même une offense. Pourtant, les Asiatiques, par exemple, se passent très bien de ces contacts, les évitent plutôt. Leur salutation consiste à s’incliner légèrement en direction de la personne saluée, qui fait de même.

PHARE FM : Autrement dit, il nous faut inventer un mode de salutation qui convienne à la situation actuelle.

Jean-Marc Bellefleur : Oui, qui n’enfreint pas les règles sanitaires. J’ai vu apparaître plusieurs tentatives de retrouver ce fameux contact physique : le contact du pied, mais c’est un peu laborieux et pas vraiment pris au sérieux ; le toucher du poing serré, mais le risque est sans doute trop proche de la poignée de main ; le contact du coude, plutôt familier, mais qui lui aussi oublie la distance entre les personnes.

PHARE FM : Vous avez cité les Asiatiques, et leur inclinaison du corps, à la bonne distance.

Jean-Marc Bellefleur : Oui, on peut aussi mettre la main sur le coeur, comme le font beaucoup de Maghrébins. Ou encore un salut en levant la main vers la personne. Tiens ! J’y pense : le salut militaire, sans contact, pourrait aussi nous inspirer.
Ces tâtonnements – si je puis dire – témoignent de notre besoin de d’avoir des salutations qui demeurent de petits moments importants. Nous prenons l’autre en compte, nous marquons notre satisfaction qu’il ou elle soit là, nous lui glissons un mot d’encouragement.

PHARE FM : Effectivement, et nous n’avons pas forcément besoin de faire deux, trois ou quatre bises, commençant par la gauche ou par la droite suivant les régions, sans poignée de mains, sans accolade.

Jean-Marc Bellefleur : Ce qui compte, c’est que l’absence de contacts ne donne pas lieu à une absence de salutations. Et nous verrons où nous en serons dans quelques mois, quels gestes auront pris place dans notre vie en société. Ce qui compte, c’est que nous prenions bel et bien l’autre en considération, que nous lui exprimions quelque chose de respectueux, de positif, de citoyen, voir d’amical ou convivial.