Grain de Sel ou Grain de Poivre ? du 5 février 2020 – Jean-Marc Bellefleur – Ça va ?

Grain de Sel ou Grain de Poivre ? du 5 février 2020 – Jean-Marc Bellefleur – Ça va ?
Grain de sel/poivre ?

 
 
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PHARE FM : Alors Jean-Marc, ça va ce matin ?

Chroniqueur : Oui, oui, ça va bien ! Cette petite question qu’on pose après nos « bonjour » habituels… Est-ce qu’on demande vraiment aux gens s’ils vont bien ?

PHARE FM : C’est vrai qu’on pose souvent la question par habitude.

Chroniqueur : Et ça ne vous est jamais arrivé qu’une personne que vous croisez vous “lâche” son “bonjour ça va” et continue son chemin sans même attendre la réponse ? Et si jamais, à ce moment-là, vous n’allez pas bien, vous vous retrouvez avec le dos de cette personne, déjà trop loin, à qui vous murmurez “non, ça ne va pas aujourd’hui”.

PHARE FM : C’est dommage !

Chroniqueur : Mais si la personne, pour vous répondre, part dans un abîme d’introspection… et vous expose ses états d’âme, vous répond longuement en vous racontant sa semaine… Alors vous serez gêné, encombré par toutes ces confidences qu’à vrai dire vous ne demandiez pas.

PHARE FM : Ou si la personne vous dit “non, ça ne va pas”…

Chroniqueur : Autre situation gênante, effectivement. On ne sait plus trop quoi faire ! Demander pourquoi ça ne va pas… mais est-on prêt à investir du temps pour écouter la réponse ? Et sinon ? Une tape dans le dos et un “Allez, ça va aller” faussement bienveillant ?

PHARE FM : Il y a des circonstances où on ferait mieux de ne pas demander 

Chroniqueur : Oui, je pense à cette fameuse scène du début du film Le Corniaud. La berline de luxe de Louis-de-Funès vient de provoquer un accident dans lequel la deux-chevaux de Bourvil se retrouve en mille morceaux, complètement disloquée. Alors que Bourvil crie à la catastrophe – bon il n’a rien ! – Louis de Funès demande “Qu’est-ce qu’il y a ?”, avec une hypocrisie énorme qui nous fait rire à chaque fois.

Finalement, demander “ça va” à quelqu’un que l’on salue, cela peut être une formule de politesse sympathique… mais ça peut aussi être une simple façade de bienveillance.

PHARE FM : Et là, qu’est-ce qu’on va répondre ?

Chroniqueur : On m’a souvent posé la question, puisque je suis pasteur. Si une personne a une maladie grave contre laquelle elle doit lutter chaque jour, que répond-elle si on lui demande si “ça va” ? Ce “ça va” a quelque chose d’impossible. Si la personne malade répond “non” justement parce qu’elle est malade, que c’est difficile, pénible, alors on la réduira à sa maladie, on n’osera plus trop lui parler, on dira qu’elle est déprimée. Mais elle est gravement malade !

PHARE FM : Et si elle dit “oui”, elle ne dira pas vraiment les choses…

Chroniqueur : Mais peut-être n’a-t-elle pas envie de se livrer. Ou elle aura eu une journée éclairée par une visite agréable. Ou encore elle reste positive malgré la maladie. Bref, je réponds à ces personnes qu’elles doivent moduler les réponses suivant les relation qu’elles ont avec les gens qui les interrogent.

PHARE FM : En fait, avec cette petite question anodine, vous ouvrez le chapitre des relations humaines au quotidien, Jean-Marc.

Chroniqueur : Oui, bien sûr. La question “ça va”est un signe de proximité : un collègue que l’on salue le matin, le voisin que l’on croise à la boulangerie… Alors si on ne s’occupe pas de la réponse, c’est d’autant plus dommage. Il est important de nous intéresser aux personnes qui nous entourent, de prendre le temps de les écouter, de les comprendre. De faire en sorte que le “ça va” soit une vraie marque d’intérêt pour la personne.