Jean-Marc Bellefleur – Femmes écrivaines

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Jean-Marc Bellefleur - Femmes écrivaines
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Jean-Marc Bellefleur : Bonjour Lisa, bonjour Thomas ! Savez-vous qui sont Pierre de Coulevain, Jean Dornis,Henry Gréville, Paul Cervières ?

PHARE FM : Non, je ne vois pas.

Jean-Marc Bellefleur : Et si j’ajoute Georges Sand ?

PHARE FM : Ah elle c’est une écrivaine… mais qui porte un nom d’homme.

Jean-Marc Bellefleur : Bravo ! Son vrai nom est Aurore Dupin. Les autres personnes que j’ai citées sont aussi des écrivaines qui ont publié sous un nom masculin : Jeanne Philomène Lapreche, Elena Goldschmidt-Franchetti, Alice Marie Céleste Durant, Angélique Marie Bourcier…

PHARE FM : Pourquoi ont-elles caché leur identité féminine, Jean-Marc ?

Jean-Marc Bellefleur : Ces femmes ont vécu aux XIXe et début XXe siècles. A l’époque, pour être publié, il valait mieux être un homme. On considérait qu’il n’était pas du rôle d’une femme d’être écrivain. Voici un domaine dans lequel des progrès ont été faits ! Aujourd’hui, une femme peut signer un roman, un essai, une monographie, sans se cacher. Ce serait bizarre, scandaleux même, qu’une femme doive se cacher derrière un paravant masculin pour publier.

PHARE FM : A propos de publication, le prix Goncourt vient d’être attribué à un homme, justement.

Jean-Marc Bellefleur : Oui, Hervé Le Tellier pour L’Anomalie (chez Gallimard). Mais dans la même journée, c’est à une femme qu’a été attibué le prix Renaudot, Marie-Hélène Lafon pour Histoire du fils (chez Buchet-Chastel). C’est d’ailleurs à l’occasion de ces deux prix littéraires que je vous parle des femmes écrivaines.

PHARE FM : Connaît-on un peu les proportions hommes-femmes dans le prix Goncourt ?

Jean-Marc Bellefleur : Eh bien sur les 117 lauréats du Goncourt, 12 sont des femmes, et la première a été récompensée en 1944, soit 41 ans après la création du prix en 1903. Il y a encore du chemin à parcourir pour arriver à l’équilibre. Depuis l’an 2000, le Goncourt n’a récompensé que trois femmes. Le jury est d’ailleurs très masculin, lui aussi.

PHARE FM : Et les autres prix littéraires ?

Jean-Marc Bellefleur : On constate la même absence de parité, même si pour le Renaudot c’est un peu mieux. Il faut citer le prix Femina, dont le jury, comme son nom l’indique, est exclusivement féminin. Il a été créé peu après le Goncourt, en 1904, jugé misogyne, et on comprend pourquoi. Les lauréats sont des femmes et des hommes, dans des proportions bien plus paritaires que le Goncourt. Comme quoi…

PHARE FM : Voici encore un domaine, parmi tant d’autres, que les femmes doivent conquérir au prix de nombreux efforts…

Jean-Marc Bellefleur : Vous dites juste. C’est aussi au vocabulaire qu’on le voit. On n’a pas de mal à avoir “infirmier” au féminin, ou “ouvrier”. Que des femmes soient infirmières, c’est très bien. Ouvrières, oui, bien sûr. Mais autrices ou écrivaines, autrement dit avec une position publique, une reconnaissance intellectuelle en tant que femmes, alors là… C’est le vaste débat de la féminisation des noms de métier, dont j’ai déjà parlé ici. Cela fait un an et demi (février 2019) que l’Académie française a validé le terme “autrice”, et on a encore des personnes qui le refusent. Mais viendrait-il à l’esprit de ces personnes de désigner Catherine Deneuve comme “Acteur de cinéma” et pas “actrice” ? Le mot est tout proche, phonétiquement, non ? Le problème des noms de métier au masculin est qu’ils rendent les femmes invisibles surtout dans les fonctions de pouvoir ou les fonctions intellectuelles. Comme par hasard !
Alors moi je dis tout mon respect aux autrices, aux intellectuelles, aux ingénieures, aux scientifiques (tiens, là ça marche pour tout le monde), et j’en passe !