L’invité du jour — Jean-Raymond Stauffacher : la Maison du Protestantisme ouvre ses portes

À l’occasion des 43e Journées européennes du patrimoine, les 19 et 20 septembre, le protestantisme français offre au public une immersion inédite dans son histoire et ses valeurs. Pour la première fois, la Maison du Protestantisme, siège de la Fédération protestante de France, ouvre ses portes, révélant un patrimoine architectural et un engagement au cœur de la société française. Jean-Raymond Stauffacher, secrétaire général de la Fédération protestante de France, nous guide à travers ce lieu emblématique et éclaire la place multiforme du protestantisme dans l’Hexagone, de ses racines à son influence contemporaine. Située dans un hôtel particulier du XIXe siècle, rue de Clichy dans le 9e arrondissement parisien, la Maison du Protestantisme est bien plus qu’un simple bâtiment. « On va découvrir un beau lieu, agrémenté d’un jardin dans ce quartier Saint-Georges, situé entre la gare Saint-Lazare et Montmartre », décrit Jean-Raymond Stauffacher. Achetée en 1923 par la Fédération protestante de France, cette demeure est devenue le point de rencontre et de dialogue des diverses identités protestantes. L’ouverture de ce lieu au public marque une volonté de partager un patrimoine souvent méconnu. Il témoigne non seulement d’une époque révolue, celle des grandes familles habitant ces somptueuses demeures, mais aussi de l’ancrage institutionnel du protestantisme dans le paysage français. L’histoire du protestantisme français, qui puise ses racines dans la Réforme du XVIe siècle, est jalonnée de moments clés qui ont façonné son identité actuelle. Jean-Raymond Stauffacher souligne deux événements majeurs : « D’abord la réintégration des protestants dans l’espace national après des temps de persécution, et puis cette bascule de 1905, quand l’État français, la République française, décide de mettre en place la séparation des Églises et de l’État ». Cette séparation a conduit à la création de la Fédération protestante de France, instance représentant les protestants auprès des pouvoirs publics, et a nécessité l’acquisition d’un lieu symbolique pour abriter ses institutions. La Maison du Protestantisme incarne ainsi cette histoire. L’influence du protestantisme ne se limite pas à la sphère religieuse. Son empreinte est « multiforme » sur la société française. Jean-Raymond Stauffacher rappelle le rôle de certains protestants dans l’élaboration de la Constitution lors de la Révolution française. Le protestantisme est également un « vecteur d’une forme démocratique », insiste-t-il, citant l’organisation collégiale des églises qui porte un message démocratique direct. Au XIXe siècle, des initiatives comme l’Armée du Salut ont profondément marqué le tissu social français, manifestant une « attention aux plus pauvres, aux plus démunis, et ceux que la société rejette ». Dans un monde en quête de sens et traversé par les tensions, être protestant aujourd’hui en France, c’est être « héritier d’une riche histoire de 500 ans » et cultiver une « relation personnelle avec Dieu ». Cette dimension verticale s’accompagne d’une horizontalité, un « vrai désir de service de la société, d’engagement dans la société, au service du bien commun », explique le secrétaire général. Dans la sphère privée comme publique, la foi protestante se veut un ancrage. Jean-Raymond Stauffacher, père de famille, évoque l’importance de transmettre des valeurs qui installent « dans ce monde avec confiance ». Face à « l’anxiété » et à la « polarisation de notre société », cette foi offre une assise : « Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est effectivement une forme de foi qui nous assoit dans l’instant présent […] mais qui nous installe dans la confiance. Et cette confiance vient de la foi au Christ ressuscité ». L’engagement citoyen est intrinsèquement lié à la foi protestante. Jean-Raymond Stauffacher évoque « une manière très spécifique de vivre en tant que citoyen protestant ou protestant citoyen » qui met en œuvre les valeurs démocratiques et un « vrai respect de l’autre ». La parabole du Bon Samaritain, dans la Bible, prend tout son sens : « Nous ne pouvons vivre notre fidélité à Dieu […] sans soi-même répondre à l’engagement du Christ qui […] dit « va et fait de même». L’entendre pour nos vies aujourd’hui et nous engager envers l’autre ». Le protestantisme invite à découvrir non seulement un patrimoine bâti, mais aussi un héritage de pensée et un appel constant à l’engagement au service de la société.Un hôtel particulier riche d’histoire
Les jalons d’une identité
Une empreinte profonde sur la société française
Être protestant aujourd’hui entre foi et engagement
La foi au service de la société








