Grain de sel ou grain de poivre du 25 mai 2020 – Philippe Malidor – Covid19 : La ligne de démarcation

Grain de sel ou grain de poivre du 25 mai 2020 – Philippe Malidor – Covid19 : La ligne de démarcation

 
 
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La Ligne de Démarcation

PHARE FM : Philippe, aujourd’hui, vous allez nous parler de l’après-confinement. Comment le vivez-vous ?

CHRONIQUEUR : Eh bien, le premier jour, comme je n’avais pas à sortir, je ne suis pas sorti. Mais le deuxième jour, j’ai pris mon vélo pour aller dans un chemin agricole qui m’était interdit d’accès parce qu’il était à 3 km, soit 2 de plus que ce qui était autorisé en France (les Allemands ont été plus intelligents que nous là-dessus).

PHARE FM : Donc, vous avez retrouvé la liberté ?

CHRONIQUEUR : Pas autant que je le croyais. Le lendemain, je prends la voiture pour aller régler une affaire. Comme j’étais dans le quartier de mon enfance, je décide ensuite de parcourir le long chemin où j’habitais ; puis je rentre en ville et… je m’aperçois en roulant que je n’ai pas eu l’idée de sortir de la ville pour aller contempler les champs, que je n’ai pas vus depuis deux longs mois ! Soit dit en passant, ça m’aurait fait franchir l’ancienne Ligne de Démarcation qui, pendant la guerre, séparait la zone occupée de la zone libre. Or, pendant deux mois, je n’ai même pas pu l’approcher ! En fait, on nous a imposé une séquestration pire que pendant l’Occupation allemande !

PHARE FM : Et qu’est-ce qui vous alerte là-dedans ?

CHRONIQUEUR : Le problème, c’est que j’étais enfermé… dans ma tête ! Il a même fallu que je fasse un effort pour bifurquer vers une autre route et sortir volontairement de l’agglomération, faire quelques kilomètres en décrassant le moteur de la voiture qui en avait bien besoin ! Je ne suis pas allé loin, mais je voulais reconquérir ma relative liberté de circulation.

PHARE FM : Vous aviez donc été conditionné, finalement.

CHRONIQUEUR : Oui, comme nous tous. Et pourquoi avons-nous plutôt bien accepté des brimades impensables deux semaines plus tôt ? Parce que la santé est devenue le bien suprême, parce que la peur de la mort surpasse tout là où, il n’y a pas si longtemps, on réfléchissait au moins un peu à son salut éternel. Au minimum, on pourrait s’interroger sur le sens de notre vie, et j’ose espérer que ça a été le cas.

PHARE FM : Vous croyez qu’on va changer de monde ?

CHRONIQUEUR : Le philosophe Marcel Gauchet a eu raison de dire qu’il faut avoir des espérances mesurées en la matière. Le business va reprendre. Mais le malaise est perceptible ; j’ai entendu deux économistes qui ont proféré des gros mots, comme « Croissance » et « Consommation ». Pour moi, ce sont deux pseudo-impératifs à éliminer. Moi, je ne veux pas être quelqu’un qui consomme pour réactiver cette frénésie de production qui nous envoie dans le mur ! Mais ces deux économistes disaient aussi qu’un retour simple à l’économie telle qu’elle fonctionnait était difficilement pensable. Cependant, il va falloir veiller, car les requins sont déjà prêts à recommencer !

PHARE FM : Étant chrétien, qu’espérez-vous dans l’immédiat ?

CHRONIQUEUR : J’espère, pour conclure brièvement, qu’on va s’écarter de l’avoir pour penser à notre être, et nous rapprocher de Celui qui s’est révélé à Moïse en ces termes : « Je suis celui qui est ». En effet, à quoi ça sert d’avoir si on oublie d’être ?… N’attendons pas qu’il soit trop tard…