Une ambiance Nouvelle

Après la première Pentecôte chrétienne et le grand discours de Pierre, une foule impressionnante se fait baptiser. Luc, qui raconte l’histoire, signale environ trois mille âmes. Si cette foule est si dense à Jérusalem ce jour-là, c’est parce que les Juifs fêtent Chavouot, le souvenir de la Torah donnée à Moïse sur le mont Sinaï. Cette fête commémorative est un pèlerinage qui dure plusieurs jours. Une fois les célébrations terminées, les pèlerins rentrent chez eux, et l’on peut imaginer que ces nombreux convertis deviennent, à leur tour, des témoins dans leurs contrées respectives. Ils préparent sans doute ainsi l’émergence de l’Église qui, naturellement, ne porte pas encore ce nom.
Pour ceux qui restent à Jérusalem et dans les environs, les choses sont plus faciles à vivre car il existe déjà une petite communauté, encore informelle mais de plus en plus structurée. Luc insiste : ces gens reçoivent l’enseignement des apôtres. On imagine Pierre, Jacques, Jean, ou Barthélemy et André, racontant ce qu’ils ont vécu pendant trois ans dans la proximité de Jésus et répétant ses paroles. Tout ce petit peuple vit aussi la communion fraternelle, la fraction du pain et la prière. Le narrateur signale encore des miracles et des prodiges. On se souvient que, du vivant de Jésus, les soixante-dix disciples envoyés sur les routes faisaient déjà état de guérisons extraordinaires ; le mouvement se poursuit.
Pourtant, l’institution n’existe pas encore. Les croyants restent attachés au Temple où ils se rendent chaque jour. Mais, bientôt, se met en place une forme de vie communautaire nouvelle et radicale. Luc explique que « tous ceux qui avaient cru étaient ensemble et avaient tout en commun. Ils vendaient leurs biens et leurs possessions et partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun. »
Communauté, communion, tout en commun… c’est une toute nouvelle ambiance, et même une révolution sociale. Quel message entraîne un tel comportement ? L’amour du prochain, la fraternité, l’égalité sans doute, mais aussi un décentrage des valeurs : la foi passe désormais avant ce qui était considéré comme prioritaire jusqu’ici.
Il y a aussi une autre explication, plus humaine, plus terre-à-terre : les premiers chrétiens étaient persuadés que Jésus allait revenir très prochainement pour établir un royaume différent. Pour eux, cet avenir nouveau était immédiat. Ils l’attendaient ! Plus tard, l’apôtre Paul devra d’ailleurs corriger cette vision des choses.
C’est étonnant, tout de même, cette hâte qu’ont les hommes de vouloir passer à autre chose, comme pour fuir un présent insatisfaisant ! Les disciples demandaient déjà à Jésus quand il établirait son règne ; maintenant, les premiers chrétiens l’espéraient si fort qu’il n’est pas impossible que beaucoup aient été déçus, ne voyant rien venir ! Une chose est sûre : on ne force jamais la main de Dieu.



