Barnabas

Quand on lit le début du livre des Actes, on a l’impression que la toute première communauté judéo-chrétienne à Jérusalem, conduite par deux leaders exceptionnels, Pierre et Jean, est une communauté exemplaire. Tout baigne dans la joie, la communion, le partage ; une ambiance spirituelle et fraternelle idéale. Le rêve. Bien sûr, il y a quelques difficultés aussi. Pierre et Jean sont surveillés de près par les autorités religieuses qui sont tout de même très embarrassées par ces croyants déviants. Il y avait un meneur embarrassant, Jésus, ils sont parvenus à l’éliminer, mais voilà que ses disciples montent au créneau et font des émules. On parle de plusieurs milliers de personnes qui s’intéressent de près à Jésus et à son message. On dirait que l’homme de Nazareth est encore plus populaire mort que vivant. Ça craint pour le Temple. Pendant ce temps, l’amour fraternel est la manifestation la plus visible de ce qui anime les nouveaux convertis. Luc raconte ce qui est alors vécu : « La multitude des croyants était parfaitement unie de cœur et d’âme. Aucun d’eux ne disait que ses biens étaient à lui seul, mais ils mettaient tout en commun. » Les enseignements des apôtres trouvaient beaucoup d’intérêt chez un public de plus en plus nombreux. Les gens se mettaient à vendre leur terrain et même leur maison pour alimenter la caisse commune, et les apôtres devaient gérer tout cela. On distribuait l’argent à ceux qui en avaient besoin. Le narrateur, Luc, dresse le décor et l’ambiance, puis il focalise son attention sur un cas particulier. Pourquoi ? Parce que c’est un remarquable narrateur et qu’il va mettre sur le devant de la scène un homme nommé Joseph, un Lévite originaire de Chypre mais vivant manifestement à Jérusalem. Ce Joseph a un surnom, ce qui est tout à fait normal quand beaucoup de personnes portent le même prénom. C’est donc Joseph surnommé Barnabas, ce qui veut dire « celui qui console » ou « fils d’encouragement ». Joli surnom. Barnabas décide de vendre un terrain qu’il possédait pour en apporter le montant au pied des apôtres. C’est un beau geste, et en même temps on est en droit de se poser une question : c’est un Lévite ! Or, les Lévites, selon la loi de Moïse, n’avaient pas le droit de posséder des terres. Mais passons… Il vend, il est généreux. Si Luc raconte cette histoire, c’est parce que Barnabas est en train de rentrer dans l’histoire ; on va le retrouver quelques pages plus loin comme l’un des piliers de l’expansion du message. Mais avant cela, si le geste de Barnabas est un bel exemple de générosité, c’est un exemple qui va inspirer un couple dont les sentiments ne sont pas aussi nobles. Hélas, il y a toujours un revers à la pièce, un ver dans le fruit, un défaut dans la cuirasse ! Le péché se loge partout ; il faut faire avec !





