Paul le précurseur

Les étapes de l’apôtre Paul dans les villes du monde romain ont tendance à se ressembler. Ce qu’il vit lors de son deuxième voyage missionnaire ne déroge pas au scénario habituel : après un temps plus ou moins long durant lequel il fonde, avec ses collaborateurs, une petite communauté chrétienne, des problèmes surgissent et il doit quitter les lieux, parfois en toute urgence. À Corinthe, tout s’est relativement bien passé pendant plus d’un an et demi. Cependant, le succès de l’apôtre suscite toujours de la jalousie, de la suspicion ou de la haine — et parfois les trois à la fois. Le conflit vient souvent de ses concitoyens juifs de la diaspora qui considèrent Paul, l’ancien pharisien devenu chrétien, comme un traître et un apostat.
L’arrivée d’un nouveau gouverneur dans la province d’Achaïe est l’occasion pour certains de monter un dossier à charge contre lui. Paul est alors conduit devant Gallion, dont le titre exact est proconsul. On lui reproche de convertir les gens d’une manière contraire à la loi. Paul n’a même pas le temps de se défendre que Gallion, en fin politique, tranche : « S’il s’agissait d’un délit grave, je vous écouterais, mais puisqu’il s’agit de querelles de mots, de noms et de vos propres lois, cela vous regarde. Je ne veux pas en être juge. »
Dépités et vexés de n’avoir pas obtenu gain de cause, les opposants sont renvoyés. Ils s’en prennent alors à Sosthène, le chef de la synagogue, qu’ils battent devant le tribunal. Gallion, estimant qu’il s’agit toujours d’une affaire interne à la religion juive, se garde bien d’intervenir. Pour le lecteur attentif, un détail est frappant : le texte mentionne deux chefs de la synagogue différents à Corinthe. Quelques mois plus tôt, on parlait d’un certain Crispus, mentionné comme s’étant converti à Jésus-Christ. On imagine qu’après sa conversion, il n’a pu rester en fonction. On parle ensuite de Sosthène, son successeur, qui finit par être battu par la foule. Ce qui laisse entendre que lui aussi, à son tour, aurait pu se montrer favorable à Paul. Il y a décidément du mouvement à Corinthe, jusque dans la synagogue !
Quoi qu’il en soit, après cette nouvelle mésaventure, Paul décide de reprendre la route. Il quitte la ville avec ses collaborateurs ainsi qu’avec ses amis Aquilas et Priscille. Direction la Syrie : il repasse par Éphèse, puis Césarée, fait une étape à Jérusalem, avant de rentrer à sa base, à Antioche.
Pendant ces dix-huit mois passés à Corinthe, Paul inaugure une nouvelle forme de ministère et de communication. Recevant des nouvelles de Thessalonique, il rédige à leur intention une première lettre, puis une seconde. C’est la naissance des épîtres, les épîtres de Paul. Il est intéressant de noter que la Première lettre aux Thessaloniciens est historiquement le tout premier écrit du Nouveau Testament. À cette époque, l’Évangile de Marc, le plus ancien des quatre, n’existe pas encore. Ainsi, chronologiquement parlant, le tout premier auteur du Nouveau Testament n’est autre que l’apôtre Paul.




