Allez à Chypre

L’Église d’Antioche de Syrie — dans la Turquie actuelle — connaît une grande effervescence. Nous sommes aux alentours de l’an 45-50 de notre ère. Le pasteur principal, Barnabas, et son ami Saul ont été désignés par l’Esprit Saint pour être « mis à part » pour l’œuvre à laquelle ils sont appelés. L’ordre de mission est pourtant imprécis. En tout cas, Luc, qui relate les événements, n’apporte pas plus d’informations. Peut-être est-ce aux intéressés de deviner ce qu’il en est ?
La suite du récit nous montre que Barnabas et Saul quittent Antioche. Ils se rendent au port de Séleucie pour embarquer vers l’île de Chypre. Cela signifie que la « mise à part » implique un déplacement concret, un abandon des charges dans l’église locale pour une aventure nouvelle. Dès qu’ils posent le pied sur l’île, ils annoncent la Parole de Dieu. Les voilà désormais dans le rôle d’évangélistes et de missionnaires.
Barnabas et Saul semblent avoir deviné la nature de l’œuvre. Il n’est pas précisé que l’Esprit Saint leur a dicté d’aller à Chypre spécifiquement ; c’est là qu’ils choisissent d’aller. Il est d’ailleurs intéressant de comprendre ce qui les pousse ainsi. Ces deux hommes ne font pas partie des « Douze » qui ont reçu la mission explicite d’aller par tout le monde. Pourtant, c’est ce qu’ils font. Ils mettent ce programme au cœur de leur vie.
Ayant bénéficié des témoignages et des enseignements des disciples, l’œuvre à laquelle ils sont appelés est, pour eux, une évidence. Ils n’attendent pas de consigne spécifique, contrairement à ceux qui restent immobiles en attendant de connaître la volonté de Dieu. Pour eux, les informations reçues suffisent à percevoir leur place.
Mais alors, pourquoi Chypre ? Pourquoi pas Tarse, Bethléem ou Alexandrie ? On ne peut que supposer. Traverser la mer pour atteindre une île n’est pas un choix au hasard.
Il faut ici relire ce que Luc écrivait quelques chapitres plus haut. Lorsqu’il présente Barnabas pour la première fois — ce Joseph surnommé Barnabas « fils de consolation » qui vendit un champ pour en offrir le prix aux apôtres —, il précise qu’il était natif de Chypre.
Dès lors, je me mets à imaginer le dialogue entre les deux hommes : « On commence la mission ! Ok, mais par où ? » Et Barnabas de répondre : « J’irais bien dans ma région natale, j’y connais des amis qui pourront nous loger. Ce sera plus pratique ! »
Pourquoi pas ? Moi, j’aime bien l’idée ! d’autant que la mission commence souvent par là où l’on a des racines.




