Paul et Timothée, le sens du pragmatisme

L’apôtre Paul entame son deuxième voyage missionnaire. Nous sommes vers l’an 50. Son objectif ? Repasser par les villes visitées quelques années plus tôt avec Barnabas. Mais cette fois, il a un nouveau collaborateur : Silvain.
Ils arrivent à Lystre. Paul est inquiet. La dernière fois qu’il y est venu, ça a mal fini : on l’a d’abord pris pour le dieu Hermès… avant de le lapider et de le laisser pour mort ! Paul est donc prudent.
Il ne parle pas le dialecte local. C’est là qu’on lui présente un jeune homme : Timothée. Timothée, c’est le candidat idéal. Sa mère est juive, son père est grec. Pour Paul, cette double culture est une aubaine. Pourquoi ? Parce que son message est universel : l’Évangile est pour tout le monde. Juifs, Grecs, Romains… et même Gaulois ! Timothée est déjà chrétien, comme sa mère et sa grand-mère. Il est respecté dans toute la région. Paul flaire la perle rare : il l’engage. Ce jeune homme deviendra son compagnon le plus fidèle, et même son « fils spirituel ».
Mais avant de partir, Paul fait quelque chose de très surprenant. Il apprend que Timothée n’est pas circoncis. Alors, il décide de lui faire subir l’intervention. C’est paradoxal ! Pourquoi ? Parce que Paul s’est toujours battu pour que les non-juifs n’aient pas à subir ce rite. C’était même la consigne officielle du Concile de Jérusalem ! Alors, pourquoi l’imposer à Timothée ?
Il faut comprendre que cet acte n’est pas théologique, il est stratégique. Paul ne veut pas « sauver » Timothée par ce rite, il veut le rendre crédible. Aux yeux des Juifs de l’époque, un homme de mère juive non circoncis est un apostat. Un « mauvais juif ». Paul veut simplement éviter que le statut de Timothée ne bloque les discussions dans les synagogues. Paul l’écrira plus tard aux Corinthiens : « Quand j’ai affaire aux Juifs, je vis comme un Juif… et ce pour les gagner. »
C’est la grande leçon de Paul : il sait mettre de l’eau dans son vin. D’ailleurs, parlant de vin : il donnera plus tard ce conseil très pratique à Timothée : « Pour tes maux d’estomac, mets un peu de vin dans ton eau. »
On peut être très spirituel, et rester parfaitement pragmatique.




