La vision du macédonien

Tout se passe relativement bien lors des premiers mois du deuxième voyage missionnaire de l’apôtre Paul. Son équipe est notamment composée de Silvain, un nouveau compagnon proposé par les responsables de Jérusalem. Talentueux prédicateur, on lui attribue aussi un don de prophétie, ce qui s’avère fort utile. Il y a également un « petit nouveau », rencontré à Lystre et intégré par Paul lui-même : Timothée. Comme lors du premier voyage, la troupe se rend en Asie Mineure (la Turquie actuelle) et pousse même jusqu’à la région bordant le détroit du Bosphore. Or, depuis quelques mois, les projets de déplacement et les étapes envisagées tombent à l’eau. Divers empêchements surviennent. Il ne s’agit pas d’une opposition humaine, comme cela arrive parfois, mais de circonstances qui contrarient systématiquement leurs plans. Luc, qui raconte cette histoire dans le livre des Actes, parle d’empêchements suscités par l’Esprit Saint.
Il écrit par exemple : « Arrivés près de la Mysie, ils se disposaient à entrer en Bithynie ; mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas. » Ils poursuivent donc leur route et arrivent au port de Troas, en Turquie, au bord de la mer Égée. C’est là que, pendant la nuit, Paul fait un rêve. Il voit un Macédonien qui lui adresse cette prière : « Passe en Macédoine, viens à notre secours ! » Pour Paul, ce rêve est une vision, une indication divine pour l’étape suivante. Jusqu’ici, l’équipe suivait un itinéraire logique, décidé en fonction du premier voyage et des églises à visiter. Leur stratégie était simple : s’arrêter dans les grandes villes, surtout les carrefours commerciaux, pour y annoncer l’Évangile. Jusqu’alors, Dieu n’était jamais intervenu pour leur dire d’aller à droite ou à gauche. C’est peut-être ce qui explique les blocages récents : il fallait aller en Macédoine, autrement dit, en Grèce. Jusqu’ici, leur rayon d’action se limitait au Proche-Orient (Asie, Turquie). Or, la Macédoine, ce n’est pas seulement la Grèce, c’est aussi l’Europe. On reste dans l’Empire romain, mais on change de continent, et donc de culture. Finalement, l’intégration de Timothée (de père grec) était une excellente idée pour franchir ce pas. Il fallait cependant une indication précise, et la vision a rempli ce rôle. C’est alors que Luc écrit : « Aussitôt après cette vision, nous avons cherché à partir pour la Macédoine, car nous étions convaincus que Dieu nous appelait à porter la bonne nouvelle aux habitants de cette contrée. »
Cette information est intéressante à plus d’un titre. D’une part, la vision de Paul, bien qu’elle bouleverse tout le planning, est aussitôt acceptée par tous. Personne ne conteste le rêve en disant : « Mais nous avons déjà réservé en Galatie ou en Phrygie ! » D’autre part, l’emploi du « nous » est révélateur : Luc est désormais présent dans l’équipe. Nous ne savons pas exactement comment il s’est introduit dans le groupe, mais il est bien là. Or, Luc est lui aussi un disciple d’origine grecque. Paul s’apprête donc à entrer dans une Grèce qu’il ne connaît pas encore, mais il a désormais à ses côtés deux compagnons qui maîtrisent parfaitement cette culture. On dirait vraiment que tout est conduit.



