La grande confusion

Paul et Barnabas vont de ville en ville pour annoncer le message de Jésus-Christ. Nous sommes un peu avant l’an 50 de notre ère. L’accueil dans les différentes cités n’est jamais totalement positif : dans un premier temps, il y a de l’intérêt et de la curiosité. Mais quand les responsables religieux des synagogues mesurent que le message de Jésus-Christ n’a plus besoin de passer par les prêtres, ils craignent pour leur place, pour leur autorité et, naturellement, pour leurs revenus.
Les missionnaires vont vivre quelque chose de surprenant à Lystre. Il semble qu’il n’y ait pas assez de Juifs dans cette ville rurale de Turquie pour qu’il s’y trouve une synagogue. Paul et Barnabas y annoncent pourtant le message de Jésus-Christ. Sur leur chemin, ils voient un boiteux, un handicapé de naissance. Paul lui parle du Seigneur Jésus et lui ordonne de se lever et de marcher. Le miracle s’accomplit. La foule, témoin de l’événement, se met à manifester sa surprise, sa joie et son enthousiasme dans sa langue locale : le lycaonien. Est-ce à cause de ce dialecte que Paul et Barnabas ne se font pas tout à fait comprendre ?
Quoi qu’il en soit, la foule pense que Paul et Barnabas sont en fait des dieux venus les visiter. Ils imaginent être en présence d’Hermès et de Zeus. Il y a à Lystre un temple et un prêtre consacré à Zeus. Pour ce prêtre, c’est une occasion superbe : une visitation divine est une excellente affaire ! J’imagine qu’il rêve déjà aux pèlerinages dont Lystre pourrait devenir le centre.
Le prêtre arrive devant les missionnaires qui ne saisissent pas encore tout ce qui se passe. Il vient avec des taureaux ornés de guirlandes, envisageant d’offrir ces animaux en sacrifice aux “dieux visiteurs” pour les honorer. On imagine la ferveur de la foule : c’est carrément du délire !
Lorsque Paul et Barnabas percutent enfin ce qui est en train de se tramer, ils veulent corriger la confusion. Ils tentent de s’expliquer, mais ils ne maîtrisent pas la langue locale. Ils crient : « Nous ne sommes pas des dieux ! Voyez, nous ne sommes que des hommes comme vous ! » et ils déchirent leurs vêtements en signe de protestation.
Dans la foule, surgissent des gens venus d’Antioche de Pisidie et d’Iconium, où Paul et Barnabas étaient déjà passés. Ces opposants interviennent à leur tour pour dire : « Non, ce ne sont pas des dieux ! Ce sont plutôt des agitateurs qui jettent le trouble partout où ils passent. » En comprenant enfin, les habitants de Lystre se sentent déçus et vexés de s’être laissé prendre. Eux, qui étaient prêts à les encenser et à leur offrir des sacrifices, se mettent à les insulter et à leur jeter des pierres.
Puisque Paul n’est pas Hermès — lui qui avait tant parlé —, il est encore plus visé que son compagnon. Littéralement lapidé, il tombe inconscient. On le croit mort et on traîne son corps hors de la ville. Barnabas est consterné. Plusieurs de ceux qui avaient cru en Jésus entourent le corps sanguinolent de Paul. Et voilà que le blessé remue péniblement. Il se redresse, il se lève, et aussitôt on le conduit dans la ville où il est soigné.
Paul a échappé de peu à la mort ; ce ne sera pas la seule fois




