Au bord de la rivière

L’apôtre Paul vit son deuxième grand voyage missionnaire, entre les années 49 et 52. C’est un peu une tournée : dans un premier temps, il repasse avec sa nouvelle équipe là où il est déjà allé quelques années plus tôt, dans les petites communautés chrétiennes qu’il a fondées. Mais il se laisse aussi guider par les circonstances et par l’Esprit Saint — l’un utilisant parfois l’autre. C’est ainsi que, lors d’un rêve, Paul voit un Macédonien l’appeler au secours. Pour l’apôtre, c’est une indication divine : il faut partir en Macédoine. Direction la Grèce, direction l’Europe ! Jusqu’ici, sa mission s’était limitée au Moyen-Orient. Vers l’an 50, l’équipe débarque donc à Philippes. C’est une colonie romaine située sur l’importante route militaire qui relie l’Orient à Rome. La ville est d’importance, mais la présence juive y est faible : il n’y a pas de synagogue. Selon la tradition rabbinique, il fallait un minimum de dix hommes juifs adultes — dix chefs de famille — pour constituer le quorum nécessaire à la fondation d’une synagogue. Comme ce n’est pas le cas ici, Paul cherche, le jour du sabbat, un lieu de prière dont il a certainement entendu parler. Rien n’est tout à fait dû au hasard. S’il n’y a pas de synagogue, cela n’empêche pas un rassemblement pour la prière. Ces lieux se trouvaient souvent près d’un point d’eau — une rivière ou la mer — pour faciliter les rites de purification. De plus, si les Romains toléraient parfois des cultes autres que le culte officiel à l’empereur, ils obligeaient souvent les adeptes à se retrouver hors de la ville. Il est donc tout à fait cohérent de retrouver Paul dans un lieu de prière situé à l’extérieur des murs, au bord de la rivière. L’apôtre et son équipe y discutent avec les femmes présentes. Le texte semble d’ailleurs indiquer qu’il n’y avait que des femmes ce jour-là. L’attention se focalise sur l’une d’entre elles : elle se nomme Lydie. C’est une étrangère. Elle n’est pas originaire de Philippes, mais de Thyatire. Le détail est piquant : cette femme, qui va s’ouvrir à l’Évangile en Europe, vient en fait de Turquie… la région d’où arrive justement l’apôtre !
Lydie écoute Paul et elle est touchée par son message. Le texte précise qu’elle fut aussitôt baptisée, elle et sa famille. On note au passage qu’à cette époque, on avait le « baptême facile » : pas besoin d’un long catéchisme ! On remarque aussi que Lydie est là « en famille », mais apparemment sans homme, car le narrateur l’aurait signalé. Enfin, la rivière toute proche permet de célébrer le baptême immédiatement après la rencontre. À l’issue de ce temps de prière si particulier, Lydie invite toute l’équipe missionnaire chez elle. Elle le fait avec une certaine insistance. Pourquoi Paul hésite-t-il ? Peut-être parce que cette femme, chef d’entreprise spécialisée dans le commerce des tissus précieux, vit sans homme à la maison.
Finalement, les missionnaires acceptent l’invitation et demeureront chez elle un certain temps. Une nouvelle étape commence pour la mission en Europe



