L’invité du jour — Christophe Chantepy : Reconstruire l’après-incendie, les forêts françaises face au défi du changement climatique

Cet été, la France a été le théâtre d’incendies d’une ampleur exceptionnelle, rappelant la vulnérabilité de nos massifs forestiers face aux fortes chaleurs et à la sécheresse. Au-delà des flammes, comment nos forêts se régénèrent-elles et comment les aider à mieux résister aux défis climatiques à venir ? Christophe Chantepy, expert national en défense des forêts contre les incendies à l’ONF, nous éclaire sur les enjeux d’une gestion forestière en pleine mutation. Les incendies ravagent, mais la nature possède une étonnante capacité de résilience. Une fois les flammes éteintes, un long processus de reconstruction s’amorce, encadré par l’expertise des forestiers. Après un incendie, les premières interventions sont cruciales et s’articulent en plusieurs phases. « Il y a un temps de l’urgence qui correspond à la sécurisation des zones brûlées », explique Christophe Chantepy. Il s’agit de fermer les massifs, de vérifier les zones déstabilisées et de sécuriser les voies de circulation. Ensuite vient un travail à moyen terme : « On va venir exploiter potentiellement les bois brûlés parce que certains peuvent encore être valorisés, ce qui va permettre également de dégager les espaces ». Cette étape prépare le terrain pour la régénération future, qu’elle soit naturelle ou complétée par des plantations. Le forestier intervient alors pour accompagner la forêt dans sa reconstruction, particulièrement dans un contexte de changement climatique marqué. Retrouver une forêt « en bonne santé » est un processus long. « Si on veut retrouver la belle forêt qui avait cent cinquante ans d’âge, il faudra cent cinquante ans », souligne Christophe Chantepy. Cependant, la reconstitution d’un milieu forestier, avec son ambiance caractéristique, prend plusieurs années. « Au bout d’une dizaine d’années on commence à avoir une couverture forestière qui en général est plutôt correcte, mais avec des arbres qui vont faire maximum deux-trois mètres ». Face à l’intensification des sécheresses et des fortes chaleurs qui fragilisent les arbres et augmentent le risque d’incendie, il est essentiel de faire évoluer nos forêts. L’ONF œuvre pour les rendre plus résistantes sans compromettre la biodiversité. « On a notamment à l’Office national des forêts comme leitmotiv d’essayer d’avoir des forêts qu’on va appeler des forêts mosaïques, en essayant de diversifier au maximum les essences », détaille Christophe Chantepy. L’objectif est de garantir que demain, les essences présentes posséderont la meilleure capacité de résistance et de résilience face aux aléas climatiques. Cette stratégie peut inclure l’accompagnement de la migration des espèces, du sud vers le nord. Par exemple, dans le Jura, des essences comme le cèdre ou le chêne pubescent, habituellement trouvées dans le sud, sont introduites. Dans les régions méridionales, des espèces adaptées au climat méditerranéen, comme le caroubier, peuvent être plantées. Cette démarche proactive vise à assurer que les forêts de demain puissent mieux supporter les épisodes de sécheresse et de chaleur. Le changement climatique renforce les conditions favorables aux incendies, rendant l’anticipation et la prévention d’autant plus vitales. En France, un vaste dispositif est en place. « 97% des incendies en France sont arrêtés avant de faire la taille de dix hectares », affirme Christophe Chantepy, preuve d’une efficacité notable des services de l’État, des collectivités et de la Sécurité civile. Des aménagements spécifiques sont réalisés dans les massifs forestiers pour faciliter l’accès des pompiers, avec des pistes de défense des forêts contre l’incendie et une répartition des points d’eau. L’urbanisation est également encadrée pour éviter l’implantation de constructions au cœur des forêts, et des ceintures de protection sont créées autour des villages pour réduire la quantité de combustible disponible. La majorité des départs de feu en France sont d’origine humaine, et près de la moitié sont liés à des imprudences. Christophe Chantepy rappelle les comportements essentiels à éviter : « Il faut notamment bannir en plein été l’utilisation du feu en forêt. Je ne fais pas de barbecue, je ne fais pas de feu de camp, je ne fume pas en forêt, je ne jette pas mon mégot de cigarette depuis la voiture. » Les travaux générateurs d’étincelles, comme l’utilisation d’une débroussailleuse par temps sec, ainsi que le stationnement de véhicules dont le pot d’échappement chaud pourrait embraser des herbes sèches, sont également des causes majeures de départ de feu. Le respect des interdictions d’accès aux massifs en période de risque élevé est primordial pour la sécurité de tous. À l’horizon des vingt ou trente prochaines années, le visage des forêts françaises va indéniablement changer. « La forêt de demain ne sera sûrement pas celle d’aujourd’hui, notamment parce que les essences forestières vont avoir du mal, c’est déjà le cas, à passer le cap d’étés très chauds et très secs, comme on en a connu en 2026 », prévient Christophe Chantepy. Cependant, la nature a horreur du vide. Si certaines espèces ne parviennent plus à s’épanouir, d’autres prendront leur place. Le rôle des forestiers est alors d’accompagner cette mutation, veillant à maintenir nos écosystèmes forestiers, tout en s’adaptant aux réalités climatiques.L’urgence post-incendie et la lente renaissance
Vers des forêts mosaïques et résilientes
Anticiper et prévenir : la mobilisation générale
Les gestes qui sauvent la forêt
Le futur de nos forêts : une mutation inévitable








