Paul, fabricant de tentes

L’apôtre Paul a des fourmis dans les jambes. Après avoir passé quelques semaines à Athènes, le voilà déjà en route pour Corinthe. Nous sommes vers l’an 50 après Jésus-Christ, au cours de son deuxième voyage missionnaire. À Corinthe, il fait la connaissance d’un couple dont il deviendra très proche : Aquilas et Priscille.
Ce sont des Juifs qui arrivent tout juste d’Italie après avoir fui Rome. Pourquoi ont-ils quitté la capitale de l’Empire ? Parce que des émeutes et des troubles avaient éclaté dans la ville, et que les autorités en avaient déclaré les Juifs responsables. L’empereur Claude a donc émis un décret les expulsant de Rome. On trouve d’ailleurs trace de cette décision dans les écrits de l’historien latin Suétone, ce qui permet de situer l’événement entre l’an 49 et l’an 50. Suétone mentionne même que les troubles tournaient autour d’un certain « Chrestus ».
Quoi qu’il en soit, Paul rencontre Aquilas et Priscille, et il va même être hébergé chez eux. Ils partagent en effet la même profession : l’auteur Luc signale qu’ils étaient tous trois fabricants de tentes.
C’est un détail qui surgit ici presque par accident. On savait Paul pharisien, membre d’un parti religieux influent, mais on connaissait peu de choses sur sa vie matérielle avant sa conversion. En faisant quelques recherches, on découvre que Tarse, la ville dont Paul est originaire, était célèbre pour ses artisans. Les habitants y filaient le poil de chèvre et le tressaient pour en faire des cordes, des toiles et des tissus robustes. Par ailleurs, il faut savoir que les pharisiens, même s’ils étaient des intellectuels et des officiers du culte, se devaient d’apprendre un métier manuel pour connaître les vertus du travail. Saul de Tarse, devenu Paul, ne pratiquait son métier que pour s’assurer des revenus et financer sa mission. Ainsi, au cours de ses voyages, il fabrique des tentes pour ne pas être un fardeau pour les communautés qui l’accueillent. C’est ce qu’il faut comprendre lorsque nous lisons, au détour d’une lettre adressée aux chrétiens de Thessalonique, la précision suivante : « Nous n’avons pas vécu parmi vous de façon désordonnée ; le pain que nous avons mangé, nous ne l’avons pas reçu gratuitement. Au contraire, dans la peine et la fatigue, nuit et jour, nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous. »
Le métier de Paul lui fut donc bien utile. Non seulement il lui a permis de connaître le monde du travail et sa rudesse, mais ce fut un support matériel indispensable à sa mission évangélisation.
On dit parfois que Jacques Loew est devenu, en 1942, le premier prêtre-ouvrier. Mais en réalité, Paul fut le tout premier « missionnaire-ouvrier » de l’histoire de l’Église. Un exemple qui, par la suite, n’a pas toujours été suivi. En tout cas, une chose est sûre : celui qui fabriquait des tentes a aussi édifier des églises.




