A la porte du temple

Après la Pentecôte, des centaines de personnes à Jérusalem se sont tournées vers Jésus et ont accepté le baptême. Elles se mettent à l’écoute des apôtres pour comprendre le message du Christ. Bien que la communauté commence à se former, l’habitude de se rendre au Temple n’est pas abandonnée. C’est ainsi qu’un jour, Pierre et Jean y montent à l’heure de la prière.
À la porte du sanctuaire se trouve un homme, boiteux de naissance. Cet handicapé est déposé là chaque jour, sans doute par des proches, pour faire l’aumône auprès de ceux qui vont prier. Pour le juif religieux, l’aumône est un devoir ; pour l’homme paralysé, c’est donc une « bonne place » : les fidèles se sentent obligés de lui donner une pièce en entrant. En revanche, cet homme, lui, ne pouvait pas franchir le seuil. Une loi interdisait aux personnes handicapées d’entrer dans le sanctuaire sous prétexte qu’elles présentaient un « défaut ». Une loi tout à fait heurtante.
Pierre et Jean sont interpellés par l’homme. Pierre s’arrête, fixe le boiteux et lui dit : « Regarde-nous. » L’homme les observe, s’attendant à recevoir une pièce. Le texte insiste sur ces échanges de regards.
Ce que Pierre veut provoquer, c’est une véritable rencontre, les yeux dans les yeux, et non un regard fuyant qui refuse de voir la misère. Puis l’apôtre confesse : « Je ne possède ni argent, ni or… » « Zut ! » doit se dire le boiteux. Mais Pierre poursuit : « Pourtant, ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche ! »
Pierre répète ici l’audace qu’il a vu chez Jésus. C’est un risque immense quand on n’a pas, en soi, la puissance propre au Fils de Dieu. Mais avec Pierre, ça marche ! Le boiteux se lève, son handicap disparaît à l’instant. Luc raconte qu’« en un bond, il fut debout. Il entra avec eux dans le Temple, marchant, sautant et louant Dieu. » On imagine la joie de cet homme, guéri et enfin autorisé à entrer là où il était interdit de séjour.
Un peu plus loin, on apprend un détail : l’homme a environ quarante ans. Si je relève ce détail, c’est pour l’associer à une autre information : on le déposait là tous les jours. Cela signifie que quelques mois plus tôt, lorsque Jésus montait au Temple, les deux hommes se sont forcément croisés. Pourquoi, en ce temps-là, Jésus n’a-t-il pas guéri cet homme lui-même ?
Certains diront que Jésus ne pouvait pas guérir tout le monde, comme on dit que l’on ne peut porter toute la misère des hommes. D’autres diront que ce n’est pas si grave, puisque Pierre est passé par là ensuite.
Mais peut-être que, quelque part, Jésus voulait dire ceci : « Je ne fais pas tout, parce que vous aussi, vous aurez à agir. À vous de vous y mettre ! »
En nous accordant le pouvoir d’accomplir, il ne nous reste plus qu’à oser.



