A qui obéir

Quelques mois après la mort et la résurrection de Jésus, Pierre est devenu le leader d’un mouvement en marche. Ce n’est encore que le début, mais bientôt on parlera des « chrétiens ». Pour l’heure, on parle de certains croyants qui « suivent la Voie ».
En allant au temple un matin ordinaire, Pierre voit un homme handicapé, un boiteux de naissance, qui est placé à l’entrée du sanctuaire pour y faire l’aumône tous les jours. Inspiré par son Maître, Pierre ordonne au boiteux de se lever et de marcher normalement. Et c’est ce qu’il fait, à sa propre surprise ! Et toute la journée, au temple, l’homme guéri et réparé accompagne Pierre et Jean. Or, tout le monde reconnaît le boiteux et constate sa guérison. On s’en étonne, et Pierre se lance dans un nouveau grand discours.
Si l’homme marche désormais normalement, explique-t-il, « ce n’est pas grâce à lui, Pierre, mais à Jésus, que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob a glorifié. C’est ce Jésus que Pilate avait jugé bon de libérer, et que vous, vous avez renié et condamné. » Et toc ! Pierre est en train de dire cela dans le temple même ! Il ajoute : « Vous avez fait mourir le Prince de la vie, que Dieu a ressuscité d’entre les morts. » Pierre est lancé et il continue : « Je sais, mes frères, que vous avez agi par ignorance, mais c’est maintenant l’occasion de vous repentir et de vous convertir pour que vos péchés soient effacés. »
C’est clair, Pierre est un évangéliste. Il se met à citer Moïse, la référence ultime pour tout Juif. Il rappelle en effet que Moïse avait annoncé la venue d’un prophète qu’il faudra écouter, parce qu’il dira ce qu’il faut entendre et ce qu’il faut suivre. Mais, précisait Moïse, « quiconque n’écoutera pas ce prophète sera exterminé du milieu du peuple. » Exterminé ! Le mot est extrême.
C’est alors que les sacrificateurs, les prêtres et les responsables du temple surgissent. Ils sont excédés par ce que Pierre enseigne au cœur même du temple ; ils ne supportent pas qu’au travers des paroles de Jésus, on évoque encore la résurrection. Le service d’ordre arrête Pierre, Jean et le boiteux qui ne l’est plus. Les trois hommes sont mis en cellule jusqu’au lendemain.
Dès le matin suivant, ils comparaissent devant une espèce de tribunal religieux constitué du souverain sacrificateur, de plusieurs prêtres et d’autres notables. On demande à Pierre par quelle puissance ou par quel nom il a accompli le miracle. C’est l’occasion pour Pierre de se lancer dans un nouveau discours — il en devient coutumier maintenant : « Vous voulez savoir ? Et bien sachez-le : c’est au nom de Jésus-Christ de Nazareth. » Il ne dit pas seulement « Jésus de Nazareth », mais bien « Jésus-Christ ». Le terme « Christ » est une façon de décrire le Messie attendu.
Le tribunal est d’autant plus embarrassé par ce qui est dit qu’ils ont sous les yeux le boiteux guéri, ce qui est incontestable. Ils ne savent pas trop que faire. Finalement, ils ordonnent à Pierre et à Jean de ne plus enseigner au nom de Jésus et de ne même plus parler de lui. Pierre ne se laisse pas impressionner et répond : « Est-il juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu’à Dieu ? » Les religieux répètent les menaces et libèrent les trois hommes.
Dans cet épisode, deux évidences apparaissent : les religieux seront à nouveau opposés à tout ce qui vient de Jésus, tandis que Pierre et les disciples sont de plus en plus audacieux pour annoncer ce qui leur est désormais interdit.




