L’invité du jour — Pierre-Damien Andrault, l’appel du corps à l’écoute et au mouvement

Les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont devenus un fléau silencieux, se hissant au rang de première cause de douleurs chroniques et d’arrêts de travail. Touchant aussi bien les salariés que les indépendants, les étudiants ou les personnes sédentaires, ces affections sont pourtant souvent évitables. Pierre-Damien Andrault, kinésithérapeute, nous éclaire sur l’importance de l’écoute du corps et du mouvement dans la prévention de ces troubles.
Si les TMS sont fréquemment associés au monde professionnel, leur définition est bien plus large. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les TMS englobent « l’ensemble des infections péri-articulaires qui peuvent affecter diverses structures du corps, telles que les tendons, les muscles, les articulations, les nerfs et le système vasculaire ». Malgré les progrès en matière d’organisation du travail et d’ergonomie, leur prévalence reste stable. Pierre-Damien Andrault et le réseau « La Minute Peps », dont il fait partie, proposent une approche novatrice, plaçant « l’humain au cœur de la prévention ».
Les causes des TMS sont multifactorielles. Outre les postures inadaptées et les gestes répétitifs, des facteurs comme la sédentarité croissante, l’alimentation, la gestion du stress et le manque de sommeil jouent un rôle prépondérant. « La majorité des personnes sont en déficit de sommeil. Ça joue forcément un rôle aussi dans la survenue des TMS », souligne le kinésithérapeute.
Contrairement aux idées reçues, il n’existe pas de « mauvaise posture ». « La bonne posture, c’est la prochaine. Concrètement, ça veut dire bouger, bouger et bouger encore », insiste Pierre-Damien Andrault. Le mantra de l’expert est clair : « si vous écoutez votre corps chuchoter, vous n’aurez plus à l’entendre crier ». Les TMS se manifestent rarement de manière brutale ; ils sont précédés de signaux faibles : raideurs, cliquetis, inconfort, ou douleurs légères. Pourtant, à l’ère des notifications incessantes sur smartphones, nous avons paradoxalement perdu l’habitude d’écouter celles de notre propre corps. « Le mouvement, c’est vraiment le médicament par essence du corps », rappelle-t-il.
L’une des erreurs les plus courantes est de croire que la douleur est normale ou qu’elle disparaîtra d’elle-même. Or, « on n’écoute plus les signaux faibles que notre corps nous envoie et du coup on banalise une raideur, un inconfort en se disant oui ça va passer et finalement ça ne passe jamais et puis ça finit par casser », alerte Pierre-Damien Andrault. Pour le kinésithérapeute, il est crucial de se réapproprier l’écoute de son corps. Il établit un parallèle frappant avec la maintenance industrielle : « votre machine quand vous la mettez en route, je suis sûr que au premier son, vous savez s’il y a quelque chose qui ne va pas. Et là, vous allez l’arrêter ». Il en va de même pour notre corps.
L’anticipation est la clé : « le plus tôt est le mieux ». Si une gêne ou un inconfort persiste au-delà de 8 à 15 jours, il est impératif de consulter un professionnel de santé. Ne pas agir à temps peut avoir des conséquences graves : « 45% des TMS provoquent des séquelles lourdes ».
La prévention des TMS est souvent perçue comme contraignante ou chronophage, notamment en entreprise. Or, Pierre-Damien Andrault y voit un véritable « investissement ». Un arrêt de travail pour TMS dure en moyenne 22 jours, désorganisant les équipes, augmentant la charge de travail des collègues et engendrant des coûts liés à la formation d’intérimaires. « À long terme, c’est un investissement qui est très rentable », conclut le kinésithérapeute.
La prévention des TMS repose avant tout sur l’écoute de son corps, l’adoption de mouvements adaptés et l’intégration de gestes simples et accessibles à tous au quotidien. Une démarche qui peut faire une réelle différence sur la durée et préserver la santé physique de chacun.









