L’invité du jour — Thierry Le Gall : Municipales, bilan du premier tour, enjeux du second

Dimanche 15 mars, les Français étaient appelés aux urnes pour le premier tour des élections municipales. Dans un contexte politique particulièrement scruté, entre participation en baisse et recomposition du paysage politique, ce premier tour nous livre déjà des enseignements. Décryptons cet entre-deux-tours décisif pour les alliances et la mobilisation avec Thierry Le Gall, pasteur et directeur du service pastoral du CNEF, Conseil national des évangéliques de France, auprès des parlementaires. Je crois que l’on peut interpréter cette mobilisation en demi-teinte comme une forme de désengagement, de désintérêt. Je crois que les habitants sont conscients et apprécient le rôle des conseils municipaux, mais n’ont pas compris que leur vote, même lorsqu’il n’y avait qu’une seule liste, était un geste citoyen qui est important pour faire vivre la démocratie en France. Au-delà de la participation, ce premier tour met également en évidence une fragmentation politique grandissante. Dans les grandes métropoles, les maires sortants de gauche sont généralement arrivés en tête. C’est notamment le cas à Paris, à Marseille et à Lyon. Mais ils sont souvent talonnés par LFI ou le RN. Quelle grande tendance retenir de ce premier tour à l’échelle nationale ? Tout d’abord, un effacement du parti présidentiel qui ne trouve plus sa place dans l’échiquier politique. Un parti républicain qui se consolide plutôt dans de petites et moyennes villes. Et effectivement, une bipolarisation entre l’extrême gauche et l’extrême droite qui deviennent aujourd’hui les forces vives pour lesquelles les Français votent. Considérant que c’est peut-être avec ces idées très fortes, incarnées par les deux extrêmes, que les choses pourront bouger. Donc là aussi, un questionnement sur l’avenir de la démocratie, qui est le pouvoir donné au peuple de voter et de s’exprimer paisiblement, lorsqu’il ne voit plus que dans les extrêmes une solution pour gouverner le pays demain. Lorsque les Français votent pour les extrêmes, c’est toujours parce qu’il y a une inquiétude, une peur, une colère, qui ne trouve pas une incarnation dans les partis centristes ou les partis traditionnels. Et donc cette colère, cette inquiétude, cette peur, se tournent un peu spontanément vers des idées courtes ou des solutions rapides, qui sont souvent proposées par les partis d’extrême. Le 19 février dernier, le CNEF a organisé un temps de prière en ligne pour « confier à Dieu nos villes, nos villages et celles et ceux qui exercent des responsabilités ». Quelle est, Thierry, la place de la prière et plus largement de la foi dans ces élections municipales ? Dans la Bible, nous sommes encouragés, nous chrétiens, à prier pour les autorités, à prier pour la bonne gestion des territoires et des villes. Donc ce n’est pas une option dans la foi chrétienne que de prier pour ceux que nous avons élus. Par contre, il est important de préciser qu’il n’y a pas de plan biblique pour l’instauration d’un nationalisme chrétien. La laïcité en France structure bien les relations entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Nous vivons une démocratie apaisée, nous sommes attachés à la laïcité, ce qui n’empêche pas les citoyens, qu’ils soient chrétiens ou pas, de s’engager au service du bien commun au sein d’un conseil municipal. Le second tour pourrait être décisif dans plusieurs grandes villes de France. Thierry Le Gall propose de prioriser certains critères pour permettre aux électeurs de voter de façon éclairée. Je leur conseille de lire attentivement les professions de foi des candidats, leurs programmes, et de se poser la question de savoir si l’humain, le citoyen, les familles sont au centre de ce programme. Ça peut prendre des aspects très variés comme l’éducation, la santé, la sécurité, l’économie et l’emploi. Mais je crois qu’une politique menée au service du bien commun doit toujours mettre l’humain au cœur des enjeux, au cœur des moyens. Chaque électeur, en priant et en regardant attentivement ces professions de foi, pourra en son âme et conscience voter au deuxième tour.









