L’invitée du jour — Anne-Charlotte Rimaud : Fin de vie, quelles solutions pour demain ?

Ce mercredi 28 janvier 2026 marque un tournant dans le débat français sur la fin de vie. Mercredi dernier, les sénateurs ont rejeté l’article central de la loi sur la fin de vie en supprimant tout dispositif, même encadré, de suicide assisté et d’euthanasie. Aujourd’hui, le Sénat se prononce sur deux textes majeurs : l’aide à mourir et l’accès aux soins palliatifs. Anne-Charlotte Rimaud, présidente d’Alliance Vita, nous aide à décrypter ces textes.
Malgré ce vote inattendu et le rejet de la part du Sénat, le gouvernement maintient son objectif d’une adoption de la réforme avant l’été. Le texte reviendra en effet à l’Assemblée nationale dès la mi-février.
Ce vote nous dit qu’il n’y a pas de consensus pour légaliser l’euthanasie, comme pourrait le laisser entendre le gouvernement et le président, pour qui la légalisation de l’aide à mourir est une priorité pour cette année 2026. En revanche, il y a une urgence à développer une loi de programmation des soins palliatifs. Cette solution est la seule qui peut permettre de garantir les moyens humains et financiers pour tenir les objectifs d’accompagnement.
Je voudrais juste rappeler le contexte. Deux propositions de loi avaient été votées à l’Assemblée nationale en mai dernier. L’une relative au développement des soins palliatifs, votée à l’unanimité, et l’autre relative à l’aide à mourir, qui avait été votée à une faible majorité. Après une première lecture à l’Assemblée nationale, le texte doit être voté au Sénat. Et c’est là, la semaine dernière, qu’il y a eu en effet une vraie surprise, puisque les sénateurs ont rejeté l’article 4 qui crée une assistance médicale à mourir pour les patients au pronostic vital engagé à court terme. Ils ont également supprimé dans l’article 2, la possibilité de suicide assisté et d’euthanasie. Les sénateurs votaient la loi par article avant le vote solennel qui a lieu aujourd’hui. Donc, ils ont proposé d’y substituer un droit au meilleur soulagement possible de la douleur et de la souffrance, qui n’est absolument plus ce que l’Assemblée nationale avait voté.
On attend maintenant le vote d’aujourd’hui. Soit les sénateurs peuvent rejeter le texte, et dans ce cas-là, les députés reprendront la proposition de loi relative aux droits à mourir dans sa version qu’ils ont votée le 24 mai. Soit les sénateurs adoptent ce nouveau texte, et l’Assemblée nationale devra alors se pencher sur cette version totalement remaniée de la loi.
Le débat se recentre à présent sur les besoins réels des patients. Pour répondre au défi de la fin de vie, la priorité est de développer les soins palliatifs sur l’ensemble du territoire français, afin d’en garantir l’accès aux 150 000 à 200 000 personnes qui en ont besoin chaque année.
Seulement la moitié des personnes qui ont besoin de soins palliatifs y ont accès aujourd’hui. Les soins palliatifs sont vraiment des soins proportionnés, ajustés, qui prennent en compte réellement l’intégralité de la personne, de sa douleur, de sa souffrance, pour une mort réellement digne. Donc la moitié des patients n’y ont pas accès et 20 % des départements français sont dépourvus d’unités de soins palliatifs. Encore un nouveau signe de la crise du système de santé.
On voit qu’il y a un vieillissement de la population, puisque le nombre de Français âgés de 75 à 84 ans devrait augmenter d’environ 49 % d’ici 2030. C’est énorme. Ce sont des données que le gouvernement, les députés et les sénateurs devraient prendre en compte.
On se rend compte que, si on légalise l’aide active à mourir, les personnes qui en souffriraient le plus, celles qui seraient encore plus marginalisées et encore plus esseulées, sont celles qui sont seules, celles qui sont en situation de handicap, toutes les personnes qui sont déjà souffrantes et qui vont se sentir exclues de la société. Est-ce vraiment digne pour une société d’exclure encore plus ces personnes qui le sont déjà ?
Le gouvernement annonce 100 millions d’euros dédiés au développement de l’offre de soins palliatifs. Si cette mesure semble aller dans le bon sens, comment faire pour que les moyens annoncés se traduisent en changements concrets pour les patients ?
Il faut que ce soit réellement mis en application dans les départements, que ce soit réellement une priorité et qu’on puisse avoir accès à ces médecins de soins palliatifs, qu’on puisse connaître aussi cette culture palliative, peu connue en France. Il faut aussi que le personnel soignant puisse prévenir les patients souffrant de maladies parfois au long cours qu’ils peuvent avoir accès aux soins palliatifs. Cette dimension palliative peut être développée en même temps qu’on suit un autre traitement.
Avec Alliance Vita, nous demandons une loi de programmation des soins palliatifs. Cette loi est la seule susceptible de garantir réellement l’application et la mise en place de moyens humains, médicaux et budgétaires nécessaires pour tenir ces engagements. Elle est la seule à permettre qu’en France, on meure dans des conditions dignes d’une véritable solidarité.









