L’invité de la semaine — Ugo Masoch, ESOP ASBL, Cuesmes

## ESOP au cœur de la précarité : 40 ans d’aide et de service au cœur du Borinage
Cuesmes, Hainaut – Depuis plus de quarante ans, Entraide et Solidarité Protestantes (ESOP), basée à Cuesmes, est un pilier essentiel de soutien pour les personnes en situation de précarité dans la région de Mons-Borinage. Plus qu’une simple œuvre d’assistance, cette ASBL offre une aide administrative, alimentaire, et un espace d’écoute unique, adaptable aux défis sociaux et économiques fluctuants.
Ugo Masoch, trésorier et administrateur, revient sur la genèse et l’évolution de cette organisation dont l’action s’inscrit au quotidien dans le tissu social local.
### Une naissance en pleine crise économique
L’histoire de l’ESOP prend racine au début des années 1980, une période marquée par une crise économique profonde en Belgique et particulièrement dans le Borinage. « Les charbonnages sont déjà fermés depuis longtemps, mais c’est également la fermeture des laminoirs, une période très difficile économiquement », explique Hugo Masoch. Face à l’urgence et au désarroi des populations, les pasteurs locaux décident d’unir leurs forces.
C’est ainsi qu’une collaboration entre différentes paroisses de la région (Frameries, Boussu, Hornu, etc.) voit le jour. Chacune se spécialise dans un domaine : des meubles d’un côté, de l’aide alimentaire de l’autre, des vêtements ailleurs. Cette approche éparpillée finit par céder la place à une volonté de centralisation, menant à l’acquisition du bâtiment actuel à Cuesmes. L’ASBL est formalisée par le dépôt de ses statuts en 1985, et un pasteur est détaché de la paroisse de Mons-Borinage pour coordonner les actions, marquant les débuts d’une structure d’aide solide et organisée.
### Des missions diversifiées face à des besoins croissants
Aujourd’hui, les missions de l’ESOP sont multiples et s’adaptent aux réalités du terrain. La distribution de colis alimentaires constitue la mission principale, nécessitant la gestion d’un magasin solidaire où les produits de seconde main trouvent une nouvelle vie. À cela s’ajoutent une aide administrative précieuse pour de nombreuses personnes, un soutien logistique pour les déménagements et les transports, et même des services de “vide maison” pour les successions.
« Nous avons un champ d’action très vaste. En fonction de l’aide qu’une personne nous demande, nous regardons si nous sommes aptes à répondre et si ce n’est pas possible, nous essayons de donner une solution à la demande ou à la détresse, car parfois nous rencontrons vraiment des cas très compliqués », souligne M. Masoch.
### L’évolution des besoins : numérique, logement et “travailleurs pauvres”
Avec des décennies d’expérience, Ugo Masoch observe une évolution significative des besoins des publics aidés. La fracture numérique est devenue un défi majeur : « le fait que le numérique est là présent et que beaucoup de gens ne le maîtrisent pas, des gens viennent nous solliciter pour remplir des papiers, entre autres ».
Un autre problème criant est celui du logement. « On se rend compte qu’il est de plus en plus difficile de se loger et les gens qui viennent se retrouvent dans ce qu’on appellerait des nids à sommeil, des logements très petits », déplore le trésorier. Cette situation contraste avec l’époque où les bénéficiaires disposaient encore d’appartements ou de petites maisons avec plusieurs chambres. L’explosion du marché locatif contraint les familles à des conditions de vie de plus en plus précaires.
ESOP constate également l’arrivée d’un nouveau public inattendu : les « travailleurs pauvres », des personnes qui, malgré un emploi, peinent à joindre les deux bouts. Enfin, les crises migratoires, qu’il s’agisse des populations syriennes ou ukrainiennes, ont également un impact direct sur les demandes d’aide. « ESOP suit malheureusement les influences des détresses mondiales », conclut Ugo Masoch.
### Les défis : financement et pérennité
Le principal chantier actuel est de « maintenir le navire à flot ». Les ventes et récupérations ne couvrent que 60% du financement annuel, rendant la recherche de fonds alternatifs primordiale. L’ASBL s’appuie sur des églises (couvrant 5 à 6% du budget), mais doit surtout solliciter des mécènes et des partenariats privés, ce qui implique la mise en place de projets complexes et de justifier les investissements.
Parallèlement, ESOP réalise des travaux réguliers pour améliorer les conditions de travail et réduire les coûts de fonctionnement, comme l’isolation ou l’installation de panneaux photovoltaïques. Cependant, ces investissements nécessitent également des financements spécifiques.
Pour l’avenir, comme de nombreuses associations basées sur le bénévolat, ESOP doit relever le défi du renouvellement des générations. « Il faut être capable de passer le flambeau à d’autres générations et de, entre guillemets, comme dans le monde de l’Église, susciter des vocations », insiste Ugo Masoch, soulignant la nécessité de trouver de nouvelles forces vives pour assurer la pérennité de l’association.
### Comment soutenir ESOP ?
Les personnes souhaitant soutenir ESOP peuvent le faire de plusieurs manières. La plus simple, et la plus enrichissante selon Ugo Masoch, est de se rendre sur place, rue Commandant Lemaire, 13, à Cuesmes, pour découvrir l’étendue des activités.
Des dons financiers sont également possibles ; toutes les informations sont disponibles sur la page Facebook de l’ASBL, “Les Amis d’ESOP”. Enfin, ESOP accepte les dépôts d’affaires qui peuvent retrouver une seconde vie, contribuant ainsi à la fois à l’aide solidaire et à la lutte contre le gaspillage. « Dans la seconde main, on peut réellement trouver des choses super intéressantes à des petits prix et qui réellement donnent un coup de main fantastique au portefeuille de la famille », conclut M. Masoch, invitant chacun à découvrir les ressources de ce magasin solidaire joignable au 065 34 98 67.








