Les invitées du jour — Cindy Lombart & Nejla Znaidi — L’alimentation fonctionnelle : vers une révolution discrète de nos assiettes ?

Les rayons des supermarchés sont le théâtre d’une mutation silencieuse mais profonde. L’alimentation fonctionnelle, qui promet bien plus que de simples nutriments, gagne du terrain. Énergie, satiété, performance : les objectifs des consommateurs se précisent, bousculant les habitudes et les stratégies des industriels.
Longtemps associée au plaisir et à la subsistance, l’alimentation est désormais investie d’une nouvelle mission : répondre à des besoins spécifiques. Cette évolution, portée par l’essor de nouvelles pratiques inspirées des États-Unis et l’intérêt croissant pour des hormones régulatrices comme le GLP-1, transforme en profondeur notre rapport à la nourriture. Nejla Znaidi et Cindy Lombart, expertes des comportements des consommateurs à Audencia, décryptent ce phénomène pour PHARE FM.
Du plaisir au bénéfice : le nouveau paradigme de la consommation
Face à une offre pléthorique et à un quotidien rythmé, le consommateur n’arbitre plus uniquement sur le goût ou la disponibilité. « Est-ce que ce produit m’apporte réellement quelque chose ? » Telle est la question qui guide désormais les choix. Comme l’explique Nejla Znaidi, « pendant longtemps l’alimentation reposait largement sur le plaisir, l’habitude, l’impulsion, la disponibilité. Mais ces dimensions restent toujours importantes aujourd’hui, donc c’est une transition, mais elles ne suffisent plus. »
Aujourd’hui, un seul produit doit cumuler les fonctions : « se nourrir, se rassasier, apporter un bénéfice santé, faire gagner du temps, procurer du plaisir toujours et parfois même exprimer l’identité », ajoute l’experte. Les consommateurs délaissent le produit brut pour des « bénéfices cumulés ».
Les rayons en mutation : vers une offre réinventée
La transformation des attentes des consommateurs se reflète directement dans les linéaires. Cindy Lombart observe une organisation des rayons basée sur « une logique de société d’abondance », marquée par les grands formats et les multi-packs. Cependant, elle anticipe un changement radical : « Ce que nous, on se dit, c’est que le consommateur de demain peut avoir une logique un petit peu différente. »
Cette nouvelle donne fragilise certaines catégories de produits. « Ce ne sont pas forcément les produits plaisir. Ce sont surtout des produits dont le rendement d’usage que vous expliquez devient difficile à justifier », précise Nejla Znaidi. Les chips, confiseries, biscuits, sodas et autres produits de grignotage sont particulièrement exposés. Néanmoins, l’experte nuance : « ce qu’il faut comprendre comme nuance, c’est que le plaisir reste une fonction essentielle. »
Un tournant durable pour l’assiette française ?
Si cette tendance est encore émergente en France, elle promet une transformation durable de notre alimentation. « L’idée, c’est de passer progressivement d’une logique de volume que l’on avait à une logique de rendement d’usage », analyse Cindy Lombart. Le consommateur de demain sera « de plus en plus exigeant par rapport à ce qu’il va attendre des marques et des produits. »
Les marques seront ainsi contraintes de « justifier leur place dans le panier d’achat du consommateur en lui apportant de la santé, de la praticité, du plaisir, de la satiété. » Celles qui ne s’adapteront pas à cette tendance risquent de perdre les faveurs des consommateurs, pour qui chaque bouchée devra désormais apporter une valeur ajoutée précise. L’alimentation fonctionnelle s’impose comme un précurseur des assiettes de demain.







