L’invitée du jour — Stéphanie Andrieux révèle les causes de l’isolement et de la solitude des Français

La Fondation de France vient de publier la nouvelle édition de son étude Solitude 2026. Les chiffres sont frappants : près d’un tiers des Français, soit 32 %, est aujourd’hui en situation d’isolement relationnel et près d’un quart, 24 %, se sent seul. L’étude met aussi en lumière une France coupée en deux : plus d’isolement en milieu rural et davantage de solitude dans les grandes villes. Alors, pour comprendre ces tendances et leurs causes profondes, je reçois Stéphanie Andrieux, responsable Grande Cause Liens Sociaux à la Fondation de France.
L’étude Solitude 2026 révèle qu’un tiers des Français est isolé sur le plan relationnel, un niveau particulièrement élevé cette année en raison de facteurs qui se cumulent. Elle distingue clairement l’isolement et la solitude, deux notions souvent confondues, dont la différenciation apparaît essentielle pour comprendre la réalité vécue par les individus.
« Ce qui m’inquiète, c’est que depuis quinze ans, on voit une progression constante de l’isolement, avec aujourd’hui près d’un tiers des gens qui n’ont aucun lien ou seulement une relation très fragile. Pour moi, il faut bien distinguer l’isolement, qui est une réalité objective—ne presque plus voir personne—du sentiment de solitude, qui peut toucher même des personnes entourées mais qui se sentent invisibles ou inutiles. »
Cette édition met en lumière une France coupée en deux, avec un isolement plus marqué en zone rurale et une solitude plus forte en milieu urbain, ce qui permet de saisir l’ampleur de la fracture territoriale. L’étude montre également que la précarité accentue fortement l’isolement, et que les personnes modestes ou au chômage sont trois fois plus touchées, soulignant ainsi l’impact déterminant des conditions socio-économiques.
« On observe d’ailleurs un contraste très fort : en ville, le sentiment de solitude grandit à cause de l’anonymat, tandis qu’en zone rurale c’est l’isolement relationnel qui augmente, faute de transports, de services et de lieux pour se rencontrer. Et ce qui ressort de l’étude, c’est que le coût de la vie renforce ce cercle vicieux : beaucoup n’osent plus inviter, sortir ou participer à des activités, par manque de moyens, ce qui les coupe encore davantage des autres. »
En 2025, les amis, qui représentaient 58 %, ainsi que les voisins, à 54 %, deviennent les réseaux les plus mobilisés, devant même la famille, qui n’atteint plus que 52 %, ce qui illustre une évolution notable dans les dynamiques relationnelles. Certaines régions présentent des liens familiaux plus ou moins forts, plus fréquents dans le Nord, à hauteur de 61 %, que dans le Sud, où ils s’établissent à 48 %, révélant des disparités régionales marquées dans la manière de maintenir les connexions sociales.
« On voit que l’éloignement familial s’explique surtout par les déménagements liés au travail ou à la retraite, particulièrement dans le Sud, ce qui crée mécaniquement plus de distance géographique qu’au Nord. Beaucoup de personnes racontent aussi qu’avec la famille, elles s’autocensurent, comme si elles devaient toujours montrer que tout va bien, ce qui n’aide pas à maintenir un lien simple et authentique. »
L’étude met également en avant plusieurs pistes d’action, et identifie les priorités que la Fondation de France recommande pour réduire la solitude et l’isolement.
« Ce que je trouve intéressant dans l’étude, c’est l’importance du rôle des associations : ce sont des lieux d’accueil inconditionnel où l’on peut reprendre confiance, retrouver une place et se sentir reconnu sans être stigmatisé. Et souvent, tout commence par des choses très simples : un bonjour échangé avec un voisin, une petite conversation, qui redonnent le sentiment d’exister aux yeux de quelqu’un. »






