L’invité du jour — Markus Hofer : Défendre la liberté de religion au cœur de l’ONU, un combat essentiel et quotidien

À l’occasion de la 61ᵉ session du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, l’Alliance évangélique mondiale (AEM) a multiplié les prises de parole pour alerter sur plusieurs violations préoccupantes : la protection des chefs religieux, l’accès équitable aux lieux de sépulture, les restrictions à la liberté de religion ou de conviction dans différents pays.
Pour mieux comprendre ces interventions et le rôle de l’AEM dans le paysage onusien, j’ai rencontré Markus Hofer, représentant de l’Alliance évangélique mondiale auprès de l’ONU.
Pourquoi la présence de l’AEM à Genève est-elle devenue stratégique ?
Genève n’est pas seulement une ville internationale : c’est le cœur du système mondial des droits humains.
Markus Hofer le rappelle :
« Depuis 2012, nous sommes présents à Genève parce que c’est ici que siègent les mécanismes des droits humains : le Haut‑Commissariat aux droits de l’Homme, le Conseil des droits de l’Homme, et le Comité des droits de l’Homme. La liberté de religion ou de conviction y est débattue car elle est protégée par la Déclaration universelle et par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. »
Autrement dit : pour défendre ce droit fondamental, il faut être au bon endroit. Et ce lieu, c’est Genève.
Pourquoi alerter particulièrement sur la situation en Colombie ?
Lors de cette session, l’AEM a dénoncé la violence visant des chefs religieux, notamment en Colombie.
Markus précise :
« Nous constatons une détérioration globale des droits humains. En Colombie, plus de 50 pasteurs et responsables chrétiens ont été tués, détenus ou ont disparu ces deux dernières années. Ils ont été pris pour cible par des groupes paramilitaires ou des cartels simplement pour avoir défendu les droits humains ou dénoncé la corruption. »
L’intervention vise donc à briser le silence autour d’une situation grave et méconnue.
Écouter la voix des jeunes défenseurs : une priorité stratégique
Un événement parallèle a été consacré aux jeunes engagés pour la liberté religieuse, venant du Nigeria, du Sri Lanka ou du Pakistan.
Pourquoi leur donner la parole ?
« Ces jeunes vivent dans une grande incertitude. Ils commencent leur vie professionnelle dans des pays où la liberté religieuse est menacée. Ils ont énormément à apporter. Ce sont eux qui façonnent l’avenir, il est donc essentiel de les associer aux discussions sur la paix, la réconciliation et la coexistence. »
L’AEM veut amplifier ces voix souvent ignorées, mais essentielles à la construction d’un avenir pacifique.
Comment présenter des faits fiables tout en respectant les sensibilités diplomatiques ?
L’AEM intervient sur des pays comme le Nigeria, la Bulgarie ou la Libye.
Comment éviter les pièges du sensationnalisme ?
Markus est très clair :
« Les faits que nous présentons proviennent de nos membres, des Alliances évangéliques nationales ou de partenaires comme Portes Ouvertes. Jamais de manière sensationnaliste. Sinon, cela fermerait des portes auprès des autorités. »
Une approche documentée, mesurée, précise : c’est la condition pour être entendu.
Ces déclarations à l’ONU : est‑ce que cela change vraiment quelque chose ?
C’est l’une des questions les plus fréquentes.
Et Markus y répond avec lucidité :
« Une déclaration seule ne change pas tout. Mais elle fait partie d’un ensemble : efforts diplomatiques, politiques, médiatiques… Ensemble, ils peuvent produire des avancées. »
Il cite un exemple saisissant :
« Au Pakistan, plusieurs mineures chrétiennes enlevées et mariées de force ne pouvaient pas revenir dans leur famille. Après nos interventions au Conseil et une forte médiatisation, les familles ont pu récupérer leurs filles. »
Preuve que la parole, bien utilisée, peut sauver des vies.
Quel impact espérer pour les années à venir ?
L’AEM intervient régulièrement sur la Colombie, l’Inde, le Nigeria, la Bulgarie ou la Libye.
Peut‑on espérer un changement durable ?
Markus reste prudent mais déterminé :
« L’impact est difficile à mesurer. Mais chaque intervention est archivée, inscrite dans l’histoire du Conseil. Notre rôle est de rester fidèles : dénoncer l’injustice, année après année, qu’il y ait du progrès ou non. »
La constance comme posture.
La fidélité comme moteur.
Un travail de longue haleine, indispensable pour la liberté religieuse
À Genève, l’Alliance évangélique mondiale rappelle que :
- la liberté de religion est un droit humain fondamental,
- les chefs religieux sont souvent les premières cibles quand les droits reculent,
- les jeunes générations doivent être entendues,
- chaque déclaration compte, même si ses effets prennent du temps,
- la persévérance est essentielle face à l’injustice.
L’engagement de l’AEM à l’ONU est un travail patient, discret parfois, mais d’une importance cruciale :
faire entendre les voix oubliées et rappeler que la dignité humaine ne se négocie pas.









