Grain de sel ou grain de poivre du 4 mai 2020 – Ludvine Schmitz – Les laboratoires P4

PHARE FM
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Grain de sel ou grain de poivre du 4 mai 2020 - Ludvine Schmitz - Les laboratoires P4
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CHRONIQUEUR : Bonjour. Nous parlons aujourd’hui des laboratoires P4 en général et de celui de Wuhan en particulier.

PHARE FM : Ces labos qui manipulent des micro-organismes très dangereux et très contagieux?

CHRONIQUEUR : Oui, des agents pathogènes de classe 4 contre lesquels n’existent ni vaccin ni traitement médical efficace. Ces labos ont un niveau de sécurité biologique 4: totale étanchéité des portes et des sas, rejets liquides décontaminés ou stérilisés, sécurité incendie maximum, surveillance vidéo continuelle et localisation éloignée des centres urbains. Les travailleurs revêtent des scaphandres sous pression positive pour ne laisser pénétrer aucun air ambiant. Avant de partir, ils douchent leur combinaison au phénol.

PHARE FM : Combien avons-nous de laboratoires P4 en France?

Trois. Un civil, le laboratoire P4 Jean Mérieux-Inserm de Lyon, qui a identifié début 2014 la souche du virus  responsable de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Et deux P4 militaires dans l’Essonne: celui de la Direction Générale des Armées, pour les équipements de protection contre la menace biologique. Et celui du Service de Santé des Armées, pour la mise au point de vaccins et d’antiviraux. Dans le monde il existe environ 50 laboratoires P4. La Suisse en possède 3, les Etats-Unis 8.

PHARE FM : Y-a-t-il parfois des accidents?

CHRONIQUEUR : Oui. En 2003, un chercheur taïwanais de P4 contracte le SRAS en désinfectant un module de transfert du virus. Quatre-vingt-dix personnes sont placées en quarantaine. En 2016, le Congrès américain, recense 21 incidents lors de transferts de pathogènes vers d’autres laboratoires, dont huit cas d’anthrax. En 2019, une explosion a lieu dans un P4 russe où sont étudiés Ebola et la variole. Comme pour toute activité humaine, le risque zéro n’existe pas.

PHARE FM : Nicolas Dupont-Aignan rappelle que la France aurait vendu une «bombe atomique bactériologique» à la Chine. Pourquoi leur avons-nous livré un P4 en kit?

CHRONIQUEUR : En 2003, au lendemain de l’épidémie de SARS, la Chine voulait «construire avec les autres pays une communauté de destin pour la santé humanitaire». C’était le 1er P4 d’Asie, réalisé sur le modèle de l’INSERM. Une partie du personnel fut formée à Jean Mérieux. Le directeur du P4 de Wuhan, Yuan Zhiming, s’était spécialisé entre autres à l’Institut Pasteur et Shi Zengli, surnommée Batwoman pour ses travaux sur les coronavirus et la chauve-souris, avait reçu en France les palmes académiques. 50 chercheurs français devaient coopérer avec leurs homologues chinois pendant 5 ans. Mais le P4 chinois s’est étanchéifié face à la France, qui a dû quitter le navire.

PHARE FM : Cela renforce-t-il les soupçons internationaux contre le P4 de Wuhan?

CHRONIQUEUR : Evidemment, la Chine ayant depuis construit un 2ème labo P4. En 2018, des scientifiques américains visitant le P4 de Wuhan avaient alerté leurs autorités sur des problèmes sécuritaires, redoutant le risque d’une nouvelle pandémie. Depuis avril 2020, le Missouri a porté plainte contre la Chine. L’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Union Européenne ont demandé une enquête sur le traitement de l’épidémie, les origines et la propagation du virus. La Chine refuse. Difficile d’exiger transparence et ouverture d’un Fort-Knox de la virologie. Mais laissons couler un peu d’eau sous les ponts, la vérité finira par émerger.