Tiré au sort

Nous sommes quelques jours après l’Ascension de Jésus-Christ. Les disciples se remettent un peu de leurs émotions et ils attendent. Jésus leur a annoncé que le Saint-Esprit viendrait sur eux, mais pour le moment, rien de tangible ne semble être arrivé. En tout cas, rien qui ne les pousse à se mettre en route pour accomplir le dernier ordre reçu : « Vous irez annoncer ma parole et être mes témoins dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu’aux extrémités du monde. » Quand on vient des bords du lac de Galilée, qu’on va éventuellement jusqu’à Jérusalem, mais qu’on redoute parfois de traverser le lac parce que « l’autre côté » n’est plus en terre de Judée, alors les « extrémités du monde »… c’est assez loin pour hésiter à y aller bille en tête !
Les disciples ne sont plus seulement onze, bien que Judas se soit donné la mort. Il y a avec eux des femmes, notamment Marie, la mère de Jésus, et même ses frères — ceux-là mêmes qui, un temps, ne croyaient pas en lui et qui sont désormais au nombre des fidèles. Bien plus de 11 ! Luc, qui raconte l’histoire, signale que le groupe réuni autour d’eux compte environ cent vingt personnes.
Dans l’attente, Pierre cherche peut-être à s’occuper. Même si tout le monde est assidu à la prière, il se dit qu’il est temps et judicieux de remplacer Judas dans le collège des apôtres. Si Jésus en a choisi douze de façon précise et symbolique, il faut chercher un remplaçant pour combler le vide laissé par le suicide du traître. Et peut-être aussi, pour tenter d’effacer ce cruel rappel ! Il faut dire que la symbolique est au rendez-vous du récit : 40 jours, 120 disciples et le groupe des 12… voilà des chiffres qui, bibliquement, sonnent bien.
Pour remplacer un disciple, il faut quelqu’un qui ait suivi le Christ depuis le début, comme les douze. Or, on le sait, beaucoup d’hommes et de femmes ont suivi Jésus pendant trois ans sans être pour autant dans la liste des « nominés ». Pierre présélectionne donc deux hommes qui ont connu Jésus depuis le baptême de Jean jusqu’à avoir été témoins du Christ ressuscité. Les personnes repérées sont : Joseph, appelé Barnabas et surnommé Justus, et …Matthias.
Ce qui est étonnant, c’est que le premier nommé n’a pas seulement un nom, mais un double surnom : Joseph Barnabas Justus. Le second se nomme simplement Matthias. Les apôtres prient en demandant à Dieu de conduire leur choix, puis ils tirent au sort — peut-être à la courte paille. Le sort désigne Matthias qui, aussitôt, est intégré au groupe des onze, enfin redevenu les Douze.
Par la suite, on n’entendra plus jamais parler de Matthias. Remarquez, on ne parle pas beaucoup non plus de la plupart des apôtres, à part Pierre, Jacques et Jean. Cependant, celui qui n’a pas été choisi, à savoir Joseph appelé Barnabas Justus, lui, va devenir un personnage très présent dans la suite du livre des Actes. On dirait que Luc, en insistant sur les noms de Joseph, voulait indiquer qu’il aurait été plus judicieux de le choisir, lui, comme numéro 12, au lieu de Matthias.
Il serait peut-être prudent de se poser la question : Pierre et les autres ont prié pour que leur choix soit éclairé … mais tirer au sort, est-ce la bonne façon de chercher la volonté de Dieu ? Oui ou non ? Pile ou face ?




