Jéhu et les prophètes de Baal

L’Égypte ancienne a connu des pharaons prestigieux issus de dynasties différentes. Lorsqu’un nouveau pharaon interrompait une dynastie pour imposer la sienne, c’était souvent au prix de guerres et de massacres. On ne prenait pas seulement la place d’un pharaon, on exterminait toute sa famille, son ascendance et sa descendance. On violait même, si possible, les sépultures pour effacer le souvenir et l’histoire, à coups de burins pour détruire les fresques et les bas-reliefs des édifices. Bref, c’était le grand nettoyage par le sang. Dans l’Ancien Testament, et pour ce qui en est de l’histoire du peuple d’Israël, on a des scénarios identiques, et les rois qui se succèdent peuvent provoquer des assassinats en série pour imposer une nouvelle dynastie en lieu et place d’une précédente. En 841 avant Jésus-Christ, dans le royaume du Nord, un homme s’impose comme nouveau roi, et fait place nette en tuant ou faisant tuer tous ceux qui appartenaient à la lignée du roi précédent. Je veux parler de Jéhu qui efface totalement la descendance du roi Achab. Il faut dire que quatre générations de rois de cette famille s’étaient fait remarquer par leur infidélité et leur impiété à l’égard du Dieu d’Israël. Omri, Achab, Ahazia et enfin Yoram, sans oublier la reine-mère Jézabel, avaient régulièrement provoqué la colère et l’indignation des deux prophètes contemporains, Élie et Élisée. Cette dynastie royale avait davantage adopté des dieux de Phénicie ou de Mésopotamie que le Dieu d’Israël, et elle adorait plus Baal et Astarté que l’Éternel. Il y avait même, en Israël, un imposant clergé dédié au dieu Baal. Or, Jéhu qui vient de monter sur le trône en éliminant la dynastie d’Achab, va continuer son nettoyage en s’attaquant maintenant aux prêtres de Baal. Pour ce faire, il fait mine d’être lui-même un adorateur de Baal et il dit vouloir organiser une grande fête religieuse, avec un méga sacrifice au dieu Baal. Il lance donc une convocation solennelle à tous les prophètes de Baal du pays en les invitant à cette célébration grandiose. Il ajoute : « Achab à peu servi Baal, je veux le servir beaucoup ! » Le temple dédié à Baal et que Jézabel avait fait édifier dans la capitale d’Israël, est alors envahi par les prophètes trop heureux de cette fête et de cette reconnaissance de la part du nouveau roi. Le texte biblique précise que « la maison de Baal est rempli d’un bout à l’autre ». Et la fête commence dans la bonne humeur. Seulement, Jéhu a prévu de faire débarquer dans le temple des soldats bien armés qui ont l’ordre de frapper et de tuer sans hésitation. Autour de l’édifice, il a placé 80 archets qui ne doivent laisser t’échapper personne du temple. C’est alors un véritable carnage, après quoi, on brûle toutes les statues et on saccage le temple pour qu’il ne reste plus que des ruines. Après cet acte, on ne parle plus beaucoup de Baal en Israël. Le reste du règne de Jéhu est moins radical, et la spiritualité du roi n’est pas toujours exemplaire. Il y a, dans le pays, des veaux d’or qu’il n’abandonne pas. Jéhu va régner ainsi 28 ans sur Israël.
(2 Rois 10)



