L’invitée du jour — Régine Florin : Grands-parents, piliers de la famille

Le rôle des grands-parents ne cesse de se réinventer dans une société en perpétuelle mutation. Loin de l’image figée d’antan, ils sont aujourd’hui sur tous les fronts : soutien affectif, relais éducatif indispensable et pilier des solidarités familiales. Une présence d’autant plus précieuse que les structures familiales évoluent et que les jeunes parents font face à des pressions inédites.
Régine Florin, présidente de l’EGPE (École des Grands-Parents Européens) souligne l’importance croissante de cette génération active et engagée.
Une longévité bénéfique et un engagement multiforme
La longévité accrue des grands-parents est le premier facteur de cette évolution. « Nous sommes en meilleure forme plus longtemps, nous avons le grand bonheur de pouvoir profiter de nos petits-enfants beaucoup plus longtemps qu’avant » Un enfant né aujourd’hui peut espérer partager la vie de ses grands-parents pendant au moins 30 ans.
Cette génération, souvent âgée de 55 à 70 ans, est confrontée à une réalité complexe. « C’est une génération qui est sur tous les fronts », précise Régine Florin. Elle s’occupe encore parfois d’aînés dépendants, soutient financièrement ou moralement ses enfants adultes face aux aléas de la vie, et participe activement à l’éducation de ses petits-enfants. Selon l’INSEE, près de 80% des grands-parents déclarent jouer un rôle important dans la vie de leurs petits-enfants, contribuant ainsi à la transmission de valeurs, de traditions et également d’un cadre sécurisant.
La garde des enfants : un rôle indispensable face aux manques
L’un des rôles les plus concrets et souvent sous-estimés des grands-parents est celui de la garde des enfants. Près d’un tiers des familles font régulièrement appel à eux, notamment en raison du coût élevé des modes de garde et des horaires de travail atypiques des parents.
« Nous sommes 658 000 emplois d’aide maternelle à temps complet à assurer la garde de nos petits-enfants », révèle Régine Florin, soulignant l’ampleur de cette contribution. Alors que la France manque de 200 000 à 250 000 places en crèche, les grands-parents pallient massivement ce déficit. « « Ils gardent en moyenne 22 jours par an leurs petits-enfants », ajoute-t-elle. De nombreux couples témoignent : « « S’il n’y avait pas les grands-parents, on ne s’en sortirait pas. » »
Ce soutien est si crucial que, selon la présidente de l’EGPE, « s’il n’y avait pas les grands-parents, il y aurait encore moins de naissances » en France, tant leur aide est fondamentale pour l’équilibre des jeunes foyers.
Équilibre délicat : soutenir sans s’immiscer
Le défi majeur pour les grands-parents réside dans la capacité à trouver le juste équilibre entre transmission et respect des choix éducatifs des parents. « On apprend à devenir grands-parents », affirme Régine Florin. Cela implique « d’apprendre à laisser nos enfants devenir parents, faire des erreurs ».
L’éducation des petits-enfants reste le domaine réservé des parents. « Nous ne nous immisçons pas dans l’éducation. L’éducation, c’est vraiment le domaine des parents. Et les grands-parents sont là pour être un soutien », insiste-t-elle. L’EGPE propose d’ailleurs des groupes de parole pour accompagner les grands-parents face à ces problématiques, considérant la grand-parentalité comme une « chambre d’enregistrement de toutes les transformations sociétales ».
Gérer les conflits et préserver le lien
Les relations intergénérationnelles ne sont pas toujours un long fleuve tranquille. Les conflits familiaux sont malheureusement « l’une des premières causes de rupture de lien entre grands-parents et petits-enfants ». Pour éviter cela, Régine Florin préconise une approche proactive : « Un conflit, quand ça part sur un quiproquo, des phrases vexantes, parfois un petit peu humiliantes, il ne faut surtout pas le laisser s’enkyster. » »
La clé est d’éviter « l’enchevêtrement des générations », où les grands-parents pourraient usurper l’autorité des parents. « Il est fondamental que les grands-parents apprennent à rester à leur place, mais avec toute leur place », explique Régine Florin. Elle insiste sur la nécessité de faire confiance aux jeunes parents, qui, selon elle, sont confrontés à une pression inédite et à un monde beaucoup plus anxiogène que les générations précédentes. « La société fait peser énormément sur les épaules des jeunes parents », observe-t-elle, admirative de leur engagement.
L’éloignement et la solitude des grands-parents
Malgré leur importance, les grands-parents sont parfois confrontés à l’éloignement géographique ou aux séparations familiales. En 2020, près de 80% d’entre eux voyaient leurs petits-enfants moins d’une fois par mois.
Pour maintenir le lien, Régine Florin encourage la créativité : « Il y a mille et une façons de garder contact quand on est en éloignement. Il faut réinventer la poste. On envoie des cartes, on fait des WhatsApp, on envoie des petits cadeaux, on s’écrit des lettres. » »
Elle rappelle l’importance de ce lien pour les grands-parents eux-mêmes : « Ce n’est pas parce qu’on habite dans le même immeuble qu’on est plus proche. » Et de conclure sur une note émouvante : « « Remerciez vos enfants de vous avoir rendus grands-parents. C’est magnifique. » » Elle alerte également sur le fait qu’avec la baisse de la natalité et les choix de vie passés, 26% d’une génération en âge des grands-parents ne seront pas grands-parents, une réalité qui peut générer une grande détresse.
Le rôle des grands-parents est donc plus que jamais « riche et même essentiel », un pilier des solidarités familiales et sociétales, porteur de bonheur et de défis dans un monde en constante évolution.
Première diffusion le 13 février 2026.








