Simon et la simonie

Lorsque Luc a raconté l’institution des diacres dans le livre des Actes, il a nommé les sept hommes désignés pour cette mission. Il a cité en premier Étienne, pour ensuite nous raconter comment le pauvre Étienne est mort lapidé par des Juifs en colère, téléguidés par les responsables religieux. Puis, Luc a nommé Philippe. Et voilà qu’il se met à raconter la vie de ce Philippe, ou plus exactement ses actions.
Normalement, il devait être diacre, chargé de l’intendance. Mais c’est son témoignage d’évangéliste qui semble retenir l’attention de Luc. Philippe se retrouve en Samarie, sans doute suivant ceux qui fuient la persécution qui sévit désormais à Jérusalem. Or, la Samarie n’est pas l’endroit où les Juifs pieux se rendent. Pour eux, les Samaritains sont déjà des déviants, des gens qui n’ont pas la bonne théologie et qui n’adorent pas au bon endroit. Si les judéo-chrétiens se réfugient là-bas, c’est peut-être pour y être tranquilles : les gens du Temple ne viendront jamais les y chercher !
Philippe se met donc à témoigner de sa foi en Jésus-Christ. Il intéresse énormément de monde. Non seulement il parle bien, mais son ministère est confirmé par de nombreux miracles, notamment des guérisons. Naturellement, ce genre de manifestations passionne les foules.
Un homme est particulièrement épaté par ce qu’il voit : il se nomme Simon. Cet homme-là est très connu en Samarie parce qu’il est magicien. Il accomplit des choses qui ressemblent à des prodiges et à des miracles. Simon est touché par ce que Philippe raconte ; il se convertit, devient l’un de ses admirateurs et se fait baptiser.
Arrivent alors en Samarie Pierre et Jean. Ils viennent de Jérusalem, sans doute pour « contrôler » un peu ce qui se passe autour de Philippe. Ils prient pour les nouveaux convertis, leur imposent les mains, et les jeunes baptisés reçoivent alors le Saint-Esprit. L’effet est aussi spectaculaire que lors de la Pentecôte.
Simon le magicien, voyant cela et mesurant la puissance libérée, demande à Pierre et à Jean : « Vendez-moi un tel pouvoir ! Combien ça coûte ? »
Pierre est outré : « Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’argent ! »
Il le somme de demander pardon pour cette pensée perverse. Simon se rend compte de son erreur de jugement et supplie les apôtres de prier pour lui afin qu’il n’en subisse pas les conséquences. On peut espérer que Simon ait effectivement changé d’attitude, mais son nom est resté dans l’histoire pour désigner une perversion religieuse : la simonie.
La simonie, c’est le terme qui désigne l’achat, la vente ou le commerce des biens spirituels, des sacrements ou des charges ecclésiastiques.
L’Église, tout au long de son histoire, tombera régulièrement dans cette déviance, comme lorsqu’elle décide de faire payer le pardon de Dieu ou vendre des places au Paradis à travers les fameuses indulgences. Tout cela vient de ce Simon, qui pensait que l’Esprit Saint se négociait comme une simple marchandise.




