Les disciples d’Emmaüs

Nous sommes sans doute le premier jour de la semaine et deux hommes quittent Jérusalem. On ne sait pas précisément qui ils sont, ni où ils vont ; ils sont simplement sur le chemin qui mène à Emmaüs. Leur histoire, racontée par l’évangéliste Luc, est connue dès lors sous le titre : « les disciples d’Emmaüs ». Le texte signale que l’un des deux se nomme Cléopas. Ce nom ne figure pourtant dans aucune des listes habituelles des disciples du Christ. En même temps, tous les noms ne sont pas répertoriés, et l’on évoque parfois des groupes importants : ainsi, un jour, Jésus avait envoyé soixante-dix disciples, deux par deux, dans toutes les villes où il avait l’intention de passer. Si l’on ne connaît pas Cléopas, on trouve pourtant une mention intéressante dans l’Évangile de Jean. Jean, on s’en souvient, était le seul des douze disciples au pied de la croix. Il y a noté les femmes présentes : bien sûr Marie, la mère de Jésus, mais aussi sa sœur, qui semble être la mère des fils de Zébédée. Il y a encore Marie-Madeleine et une autre Marie — car oui, c’est un prénom très populaire ! Jean parle alors de « Marie, femme de Cléopas ».
Cléopas est donc l’un des disciples d’Emmaüs qui quittent Jérusalem après la mort de Jésus, accompagné d’un compagnon anonyme. Comme seul Luc raconte cet épisode, beaucoup de commentateurs pensent que ce deuxième voyageur n’est autre que Luc lui-même. Cette interprétation me convient assez. Ces deux hommes se dirigent vers le village d’Emmaüs, à environ 12 km de la capitale. Ils discutent et commentent les derniers événements. Comme ils sont des disciples, on imagine bien qu’ils évoquent la triste fin de leur maître. Et voilà qu’un 3eme homme les rejoint sur le chemin. À l’époque, les gens se regroupaient pour voyager, d’une part par souci de sécurité, d’autre part pour discuter. Nous sommes dans une culture où l’échange et le dialogue sont primordiaux. « De quoi parlez-vous entre vous pour avoir l’air si tristes ? » demande le nouveau venu. Les deux hommes s’arrêtent. « Quoi ? Tu ne sais pas ce qui s’est passé à Jérusalem, d’où tu viens ? Tu es sans doute le seul à ignorer que Jésus de Nazareth — qui était un grand prophète dont les discours passionnaient les foules et touchaient les cœurs — a été condamné par les prêtres, et que nos chefs l’ont livré aux Romains pour qu’il soit mis à mort. » C’est Cléopas qui parle, et l’on imagine le ton sur lequel il relate ces épisodes douloureux. Il ajoute : « Nous espérions qu’il serait celui qui délivrerait Israël, le Messie ; mais voilà, cela fait trois jours qu’il est mort, crucifié. » Comment ne pas entendre tout le désarroi et toute la désillusion de ces deux disciples ? On a de la peine pour eux, on comprend comme il est difficile de devoir renoncer à ce qu’on avait cru voir arriver. Cléopas ajoute enfin : « Il est vrai que des femmes sont allées au tombeau et, n’y ayant pas vu le corps du crucifié, elles sont venues nous dire qu’il était vivant. Alors, plusieurs d’entre nous sont allés voir et, effectivement, le tombeau était vide ; ils n’ont pas trouvé le corps. » À ce point de l’histoire, on se demande ce qui est le plus incroyable : la résurrection ou le refus de croire l’évidence.




