Philippe et l’Éthiopien

Le diacre Philippe intervient à plusieurs reprises dans le livre des Actes des Apôtres. À chaque fois que Luc parle de lui, c’est pour le montrer dans un rôle, non de diacre, mais d’évangéliste. Cela semble vouloir dire que même lorsque l’on est officiellement engagé dans une mission précise, on a le droit d’en sortir, surtout si une occasion spéciale se présente.
Et c’est bien ce qui va arriver. Un ange du Seigneur parle à Philippe. En lisant cet épisode, je suis étonné que Philippe ne le soit pas ! En effet, si un ange venait me parler, je ne suis pas sûr que je converserais avec lui comme avec un proche ; je me pincerais plusieurs fois pour me convaincre que je ne rêve pas. Mais Philippe ne s’étonne pas. L’ange lui demande de se rendre sur une route déserte, au sud de Jérusalem, en direction de Gaza.
Philippe, ni une ni deux, s’y rend. Et voilà qu’arrive sur cette route déserte un petit convoi. C’est presque un convoi officiel : il y a là un haut fonctionnaire de la reine d’Éthiopie, une espèce de ministre des Finances. Ce personnage ne voyage naturellement pas seul : il y a des gardes, une petite escorte et un chauffeur. Un chauffeur de char, certes ! mais un chauffeur tout de même !
L’Éthiopien est plongé dans sa lecture. Il ne lit pas n’importe quoi : il lit le prophète Ésaïe. Philippe s’approche du char et entend ce que l’homme est en train de lire, ce qui signifie qu’il lit à voix haute. Philippe interpelle alors le haut fonctionnaire : « Comprends-tu ce que tu lis ? »
Imaginez : vous êtes dans le train, votre voisin est plongé dans sa lecture et vous lui demandez : « Ça va ? Tu comprends tout ? ». L’Éthiopien aurait pu répondre : « De quoi je me mêle ? » ou « Qui es-tu pour interrompre un ministre ? ». Mais l’homme répond avec humilité : « Comment comprendrais-je, si personne ne me guide ? ». Et il invite Philippe à monter près de lui.
On vient de découvrir les vertus de l’auto-stop !
L’auto-stoppeur se met donc à expliquer ce que le prophète Ésaïe écrivait. Justement, le passage parlait du « serviteur de l’Éternel » qui, tel un agneau, était mené à l’abattoir. Le fonctionnaire demande : « De qui parle le prophète ? De lui-même ou de quelqu’un d’autre ? »
Alors Philippe explique que la prophétie concerne le Messie de Dieu, son envoyé spécial qui, voilà quelques mois, était à Jérusalem. Il s’appelait Jésus. Philippe raconte comment il est mort et comment il est ressuscité.
Le haut fonctionnaire est totalement bouleversé. Alors que le convoi arrive à la hauteur d’un point d’eau, l’Éthiopien demande : « Voici de l’eau ; qu’est-ce qui m’empêche d’être baptisé ? ». « Rien », répond Philippe. Dans la foulée, tout le monde s’arrête. Philippe, le diacre, « l’auto-stoppeur de Dieu », baptise l’Éthiopien.
Celui-ci reprend ensuite sa route, tout joyeux, et Philippe, quant à lui, est carrément « téléporté » à Azot où il continue sa mission comme si de rien n’était.
Tout cela donnerait presque envie de covoiturer !




