Le témoignage des femmes refusé

Au sortir du sabbat, plusieurs femmes se rendent au tombeau. Certaines portent des huiles aromatisées pour faire la toilette mortuaire de Jésus. Cette toilette n’avait pas pu être faite auparavant, car le sabbat avait commencé et qu’alors, aucune activité n’était autorisée. Matthieu précise que Marie de Magdala — qu’on appelle parfois Marie-Madeleine — était de ces femmes, accompagnée d’une autre Marie, peut-être celle qui était déjà mentionnée comme témoin de la mise au tombeau. À cette occasion, les femmes avaient constaté l’énorme pierre roulée pour fermer l’entrée ; voilà pourquoi elles se demandaient, en chemin, comment elles allaient faire pour pénétrer dans ce fameux tombeau scellé. La suite de l’histoire apportera la solution, puisque le tombeau est ouvert et qu’on leur annoncera la résurrection du Christ : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui ne l’est plus ? », avec le rappel que Jésus avait bien annoncé sa mort et, trois jours plus tard, sa résurrection.
Ce qu’il y a de plus étonnant, de plus remarquable dans cette histoire, c’est que les premières personnes témoins de la résurrection du Christ sont des femmes. Elles sont plusieurs, au moins cinq : bien sûr Marie de Magdala, Marie mère de Jacques et de Jose, Salomé, Jeanne et d’autres encore. Plus tard, dans le Nouveau Testament, que ce soit dans le livre des Actes ou dans les lettres de l’apôtre Paul, le thème de la résurrection du Christ sera récurrent. Il ne sera pas seulement un événement qui parle de la puissance de Dieu, capable de faire revivre un mort ; il y aura une explication théologique : Jésus meurt en emportant dans sa mort le péché des hommes et, lorsqu’il revient à la vie, il manifeste la victoire sur le mal.
Mais les auteurs bibliques n’insistent pas toujours sur le fait que le Christ ressuscité s’est d’abord montré à des femmes. Pourtant, il s’agit bien d’un événement particulier. Jésus ressuscité dit même à Marie de Magdala ce qu’il faut que les disciples — les hommes, donc — fassent. Mais l’évangéliste Luc signale que les disciples ne parviennent pas à croire ces femmes. « Celles qui dirent ces choses aux apôtres étaient Marie de Magdala, Jeanne, Marie mère de Jacques et les autres qui étaient avec elles ; mais eux prirent ces discours pour des rêveries, et ils ne crurent pas ces femmes. »
Voilà donc la première réaction : pas glorieuse, pas flatteuse. Il faut dire que pour les Juifs de l’époque, le témoignage d’une femme n’était jamais considéré comme fiable ; dans un tribunal, il n’était même pas pris en compte. Jésus, en se manifestant aux femmes, continue de bouleverser les choses établies en leur donnant une place nouvelle. Mais la culture et la tradition sont difficiles à faire bouger. Ce qui est étonnant, c’est que les évangélistes n’ont pas ôté ces faits de leurs récits, alors qu’ils auraient presque pu effacer ce point d’histoire. Or, tous les quatre, et même Matthieu, pourtant spécialiste de la culture juive, insistent pour parler du témoignage de ces femmes. Finalement, voilà qui plaide pour la réalité et l’authenticité du récit biblique.




