Le premier dîner d’Esther

Drôle d’ambiance à Suze, capital de l’empire Perse, quatre siècles avant Jésus-Christ. Le Premier ministre a une dent contre un employé du palais et, parce que cet employé est Juif, la haine du Premier ministre explose et vise tous les juifs de l’empire. Haman, le ministre, a fait signer un décret par Assuérus l’empereur, pour que ce soit éradiqué une population hostile et menaçante. Le tout au nom de la sécurité du royaume. Tels sont les arguments d’Haman. L’empereur ne sait pas que le premier visé, c’est Mardochée. Il ne sait pas non plus que Mardochée est Juif, qu’il est cousin d’Esther la reine, et donc il ne sait pas que la reine est Juive. Il ne sait pas grand-chose, cet empereur ! Esther, informée du projet d’extermination, décide d’en parler au roi pour le faire changer d’avis. Mais il y a un gros problème : personne ne peut se présenter devant l’empereur sans y avoir été invité, sous peine de mort. Si une personne outrepasse cet ordre et se présente, et si l’empereur lui tend son sceptre, alors cela veut dire que l’audience est acceptée, sans mise à mort. Comptant sur cette possibilité, Esther se présente dans la salle du trône et, heureusement pour elle, le roi – qui ne l’avait pas vue depuis plus d’un mois – manifeste sa joie de la recevoir en lui tendant son sceptre. Il lui demande : « Qu’y a-t-il, l’impératrice Esther ? Quelle est ta requête ? Elle te sera accordée ! » Esther a un plan en tête, et elle doit user de sagesse pour faire annuler le décret contre les juifs. En effet, normalement, les décrets impériaux sont irrévocables, donc il faut trouver un vice de forme dans la loi promulguée. Il faut jouer serré. Elle dit : « J’ai préparé un festin pour ce soir, et j’aimerais que toi et Haman y participent. C’est en votre honneur ! » L’empereur qui aime bien manger, fait avertir Haman pour qu’il se joigne au dîner. Et le repas est servi en présence du roi et du Premier ministre. Assuérus, au moment du dessert, demande à Esther : « Alors, pourquoi tout cela ? Que voudrais tu ? – J’ai une requête, répond-elle, mais je t’en ferai part lors d’un autre dîner. » Rendez-vous est pris pour le lendemain. Assuérus trouve que son épouse a un drôle de comportement, mais il se plie au jeu qu’il trouve sympathique. De son côté, Haman rentre chez lui tout guilleret. Non seulement, il a bien bu et bien mangé lors de ce dîner privé chez l’impératrice, mais en plus, il y a une deuxième invitation le lendemain, dans les mêmes conditions. Fier et orgueilleux comme il est, il ne peut que se pavaner encore plus devant qui il passe. Or, en quittant le palais, il passe justement devant Mardochée qui, comme d’habitude, se plaît à ne pas le saluer. Pour Haman, c’est un coup terrible et une douche froide, après l’excellente soirée passée avec l’empereur et l’impératrice. Aussitôt, Haman décide de régler le compte de Mardochée très rapidement. On ne joue pas avec la susceptibilité d’un Premier ministre.





