L’invitée du jour — Marion Bithoun André : le gras, allié essentiel de notre santé

Longtemps pointé du doigt et associé aux régimes hypocaloriques, le gras retrouve ses lettres de noblesse. Les recherches récentes ont révélé son rôle crucial dans le bon fonctionnement de notre organisme, bousculant des décennies de défiance alimentaire. Marion Bithoun André, pharmacienne, nutrithérapeute et rédactrice pour le magazine Croire et Vivre, démystifie les idées reçues et nous guide vers une consommation éclairée des lipides. « Le gras a longtemps été considéré comme un élément très calorique, ce qui est vrai, il apporte plus de calories que les glucides ou les protéines », explique Marion Bithoun André. Cette réalité a alimenté, dans les années 80-90, la conviction que réduire la consommation de gras était la clé pour une bonne santé et une perte de poids efficace. Cette période a vu l’émergence des régimes « allégés » et hypocaloriques, marquant profondément nos habitudes alimentaires. Aujourd’hui, la science réhabilite le gras. « Les études ont montré que le gras avait un réel intérêt pour la santé, à condition de considérer sa qualité », précise la nutrithérapeute. Qualifier les gras de « bons » ou de « mauvais » est une approche réductrice. Il est plus pertinent de distinguer les gras à privilégier et ceux à consommer avec modération. Les « gras industriels », souvent associés à des quantités importantes de sucre, sont les principaux ennemis. « Il s’agit des charcuteries industrielles, des biscuits apéritifs, des gâteaux, bref, tout ce qui est ultra-transformé ». Leur consommation doit être ponctuelle. Parmi les lipides vertueux, les oméga-3 se distinguent par leurs multiples bienfaits. « Ils ont un intérêt très important pour la santé mentale, le fonctionnement de notre cerveau, de notre cœur, et de tout ce qui est nerveux », souligne Marion Bithoun André. Leur rôle s’étend également à la prévention de pathologies liées à la dépression, au bien-être moral et à l’équilibre du microbiote intestinal. Même le cholestérol, souvent montré du doigt, est fondamental pour notre organisme. « Nous avons besoin de cholestérol car il fait partie des membranes de nos cellules. C’est un constituant essentiel », rappelle l’experte. Si l’excès reste à éviter, sa présence est indispensable à de nombreuses fonctions biologiques. Pour bénéficier au maximum des oméga-3, les sources animales sont à privilégier pour une meilleure assimilation. « Les poissons gras sont riches en oméga-3 », insiste Marion Bithoun André, citant le saumon, le thon, les anchois, les sardines, les maquereaux et les harengs. Une préférence est donnée aux petits poissons gras, moins susceptibles d’être contaminés par les polluants que les plus gros. Ainsi, il est conseillé de consommer « les gros poissons gras, maximum une fois par semaine, alors que les petits poissons gras, on peut les consommer plus régulièrement », conseille-t-elle. Quant aux huiles végétales comme l’huile de colza ou de lin, elles apportent un précurseur d’oméga-3 dont la transformation par l’organisme est souvent faible. Elles sont donc moins efficaces que les poissons gras. « Toutes les matières grasses ne se valent pas », affirme la nutrithérapeute. Il est crucial de les choisir en fonction de leur utilisation. Crues ou cuites ? Le beurre, l’huile de colza ou de lin sont à consommer crus pour préserver leurs bienfaits. La cuisson les oxyde, ce qui peut les rendre moins sains. L’huile d’olive, en revanche, supporte bien la chaleur et peut être utilisée pour la cuisson jusqu’à 180 degrés. Les lipides s’oxydent facilement à la lumière. Il est donc recommandé de conserver les huiles dans des bouteilles en verre teintées et à l’abri de la lumière. Au-delà des quantités et des calories, Marion Bithoun André préconise « d’être à l’écoute de son corps et des sensations de faim et de satiété ». De plus, il est essentiel de ne bannir aucun aliment (glucides, protéines, légumes, fruits). Une alimentation variée permet une régulation naturelle des apports. « Si l’on prive le corps d’une source d’énergie, il compensera forcément par une autre », conclut la spécialiste. C’est en respectant cette diversité alimentaire et en étant attentif à ses sensations que l’on parvient à une consommation équilibrée et bénéfique de tous les nutriments, y compris le gras.Les graisses industrielles, à limiter
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