L’invité du jour — Eric Jacquet : Le lynx, hôte menacé de nos forêts

Le lynx fait partie de ces espèces fascinantes qui ont presque disparu du paysage français pendant plusieurs siècles. Il réapparaît dans les années 1970, grâce au programme de réintroduction européen. Malgré ce retour, sa population reste aujourd’hui classée « en danger » et fait face à de nombreuses menaces. Comprenons ces enjeux avec Eric Jacquet, président de l’association Avenir Loup Lynx Jura. Le lynx avait totalement disparu au XIXe siècle. Il avait été éradiqué. Puis, les premiers relâchés ont eu lieu en 1971 dans le canton d’Obwald, en Suisse alémanique, puis en 1972 et 1974 au Creux du Van dans le canton de Neuchâtel, en Suisse romande, par un garde-faune très célèbre en Suisse : monsieur Archibald Cartier. Ces lynx sont à l’origine des lynx de tout le Jura, suisse et français. Le lynx boréal est le plus grand félin sauvage d’Europe. Il est reconnaissable à ses oreilles en pinceau, ses favoris, à sa queue courte avec le bout noir. Son pelage est tacheté et il mesure à peu près 50-60 centimètres au garrot, pour 17 à 26 kilos. Il est donc assez gros. Le lynx chasse à l’affût, principalement des chevreuils et des chamois. Il consomme environ 8,5 kilos de viande par jour. En Suisse comme en France et en Europe en général, le lynx est une espèce protégée. Il y a environ 350 lynx en Suisse et seulement 150 en France. Félin discret et emblématique des forêts européennes, le lynx boréal occupe une place essentielle dans l’équilibre de nos écosystèmes. Pourtant, plusieurs menaces mettent en danger cette espèce. Sa présence continue également de susciter des interrogations. Les relations entre le lynx, la chasse et l’élevage génèrent régulièrement des inquiétudes. La circulation est la principale menace pour les lynx. De mi-février à fin mars, il y a le rut du lynx ; les mâles et les femelles s’appellent et se recherchent. Ils ne sont pas craintifs et perdent un peu la tête quand il y a le rut. Ils n’ont pas peur des voitures et peuvent rester sur le bord de la route. Il y a aussi la consanguinité. Presque tous les lynx en Suisse et en France sont issus de la même famille des Carpates. Le problème des lynx est que, contrairement aux loups, ils parcourent beaucoup moins de kilomètres. Ils ne traversent pas forcément les autoroutes et les cours d’eau. Ils sont moins téméraires et plus sédentaires que les loups. D’où ce problème génétique. Le lynx est également victime du braconnage, même si, à notre avis, sa présence ne pose pas vraiment de problème. Il peut s’attaquer à des moutons qui ne sont pas gardés ou mal protégés, cela peut arriver, mais il n’est pas du tout dangereux pour les humains. Souvent, il y a des interactions, mais il n’y a rien de dangereux à cela. Le lynx n’est pas craintif, il se laisse approcher. Les chasseurs, eux, n’aiment pas les lynx parce que ce sont des concurrents, bien que cela devrait plutôt être le contraire. Lorsqu’il y a trop de chevreuils ou de chamois, c’est le lynx qui régule. Il prélève quelques individus, mais il ne va jamais prélever trop et mettre en danger la population. Et puis, s’il n’y a pas de prédateurs, les chasseurs régulent à la place des prédateurs. Mais cela ne devrait pas être une concurrence. Le plan national d’action pour le lynx vise notamment à améliorer la coexistence entre les hommes et le lynx. Plusieurs initiatives permettent aujourd’hui de concilier la présence du lynx et les activités humaines. Quel chemin reste-t-il à parcourir pour assurer un avenir au lynx en Europe ? La première chose qu’il faut que l’on fasse, c’est un brassage génétique. Attention aux voitures également. L’année dernière, 25 lynx ont été tués dans le Jura français, percutés par une voiture, contre seulement un ou deux, voire trois par an en Suisse, alors qu’on en a deux fois plus. Je pense qu’il faut que les gens veuillent cohabiter et se rendent compte que le lynx n’est pas un danger pour qui que ce soit. C’est une chance de voir un lynx. Ils sont fantastiques. C’est tellement beau, un lynx sauvage. Quand on a un lynx qui passe près de chez soi, on peut se dire que la nature reprend ses droits. C’est vraiment gratifiant.










