Achab contre Michée

Le roi Achab, régnant sur le royaume du Nord, Israël, aux alentours de l’an 850 avant Jésus-Christ, a eu pas mal de déboires avec le prophète Élie. Mais manifestement, Élie n’était pas le seul caillou dans sa chaussure. Au détour d’un récit que l’on trouve dans le premier livre des rois, dans l’Ancien Testament, on apprend que Achab avait un autre prophète comme opposant et rebelle, un certain Michée. Ce Michée n’est pas celui qui a donné son nom à un livre biblique, c’est un prophète plus discret, mais qui n’a pas sa langue dans sa poche pour autant. Jugez plutôt par cette histoire presque cocasse. À cette époque-là, Achab était dans une période assez tranquille, sans guerre à ces frontières. Il reçoit la visite du roi de Juda, l’autre pays des Israélites. Le roi de Juda, qui vit à Jérusalem, se nomme Josaphat. Achab et Josaphat s’entendent assez bien, en apparence. Autour d’un dîner, Achab fait remarquer à Josaphat que la région de Galaad appartient à Israël, mais qu’alors, elle est occupée par la Syrie et que ce serait une bonne idée de récupérer cette région. Il demande l’avis et le soutien militaire de Josaphat qui lui dit : « Nous irons ensemble, mon peuple comme ton peuple, mes chevaux comme les tiens ! » Mais Josaphat est un peu plus spirituel que Achab et lui dit : « Avant de partir en guerre, il faut interroger Dieu pour savoir si c’est une bonne idée ! – Ok, répond Achab, j’ai 400 prophètes sous la main, interrogeons-les ! » Les 400 prophètes dont parle Achab, ce sont des religieux, membres d’une école de prophètes, mais totalement à la solde du pouvoir royal. Et dès qu’ils sont consultés, il se range à l’avis du roi Achab et lui recommandent de partir en guerre contre le roi de Syrie. Josaphat ne se laisse pas impressionner par cette unanimité qu’il perçoit peut-être comme étant suspect. Il demande à son collègue : « N’y a-t-il pas un autre prophète à consulter ? » Achab lui confie qu’il y a bien un autre prophète, mais, explique-t-il, « Je le hais parce qu’il ne prophétise que des choses désagréables ! Il se nomme Michée ! » Josaphat insiste pour le faire venir et Achab est bien obligé de consentir à cette demande. Un messager part donc pour convoquer Michée, et ce messager lui dit : « Les prophètes, d’un commun accord, ont conseillé au roi de délivrer Galaad et qu’il serait vainqueur du roi de Syrie. Que ta parole soit donc comme la leur ! » Sans se laisser impressionner, Michée répond : « J’annoncerai ce que l’Éternel me dira ! » Les deux rois, Josaphat et Achab, sont installés sur leur trône, en vêtements d’apparat, et écoutent le discours de Michée. Le prophète explique : « J’ai vu l’Éternel tenir conseil avec ses anges. Dieu demanda : qui ira séduire et tromper Achab pour qu’il se lance dans une guerre contre les Syriens ? Car c’est là qu’il va mourir ! Alors, un ange dit : je veux bien aller avec un esprit de mensonge pour que les prophètes le poussent à la guerre ! » À ces mots, le roi Achab se tourne vers son collègue roi Josaphat et lui dit : « Tu vois ! Il dit toujours des choses désagréables contre moi ! » et Achab fait jeter Michée en prison en lui disant : « Je te délivrerai quand je reviendrai de la guerre ! » Ce à quoi Michée répond : « Si tu reviens, c’est que je ne suis pas un vrai prophète, et que l’Éternel n’a pas parlé par moi ! » Quelle audace, ce Michée !
(1 rois 22)





