La mort d’Étienne

Dans le livre des Actes des Apôtres, Luc a pris le temps de raconter comment, à la suite d’une plainte sur l’équité des services, les apôtres ont mis en place le ministère de diacre. La « diaconie » chrétienne venait ainsi de naître. La diaconie, c’est le service ; le service pratique, l’intendance pour gérer, en quelque sorte, les « Restos du Cœur » de Dieu.
Sept personnes reçoivent donc la mission de ce service. Le premier que Luc mentionne dans sa liste, c’est Étienne.
Il faut savoir que Luc est non seulement un bon rapporteur des faits, un excellent journaliste et un bon historien, mais c’est aussi un écrivain hors pair. Il utilise une technique narrative classique : il fait intervenir un personnage d’abord comme un second rôle, très discrètement, parce qu’il veut l’introduire avant de lui accorder une place centrale dans la suite du récit.
Étienne est donc diacre, mais il ne se limite pas à l’intendance. Les diacres ont aussi été choisis parce qu’ils étaient des croyants remplis de l’Esprit de Dieu, capables de témoigner de leur foi. C’est manifestement ce que faisait Étienne, incapable de ne pas parler de ce qui l’animait. Luc précise même que Dieu accomplissait des prodiges au travers de lui.
Mais ce rayonnement attire l’attention. Des Juifs stricts le repèrent et se mettent à discuter avec lui… ou plutôt, contre lui. Étienne parle de sa foi en Jésus, et il énerve tellement les partisans du Temple qu’on cherche à le coincer. On l’accuse de prononcer des paroles contre Moïse et contre le Dieu d’Israël. Étienne est une proie plus facile que les apôtres. Tous ceux qui ne parviennent pas à faire taire Pierre, Jacques ou Jean vont se ruer sur lui. On emploie de faux témoins et Étienne est traîné devant le tribunal religieux.
Le chef d’accusation est ainsi formulé : « On l’a entendu dire que Jésus reviendra pour détruire le Temple et qu’il va changer les coutumes reçues de Moïse. » Tous ceux qui écoutaient ces accusations regardaient l’accusé qui, pour le moment, ne répliquait pas. Ils voyaient un homme tranquille, serein, au visage « semblable à celui d’un ange ».
Lorsqu’on lui demande de s’expliquer, Étienne se lance dans un long discours. Il reprend toute l’histoire d’Israël depuis Moïse — puisqu’on l’accuse justement de le mépriser. Il démontre à quel point le peuple s’est souvent éloigné de Dieu et termine, après une demi-heure de plaidoirie, par cette phrase cinglante : « Vous avez reçu la loi de Dieu par l’intermédiaire des anges, et vous ne l’avez jamais observée ! »
C’en est trop. La foule explose. On traîne Étienne hors de la ville, on l’insulte, on le frappe, et finalement, on le lapide. Ceux qui lui lancent des pierres confient leurs vêtements à un jeune homme du nom de Saul.
Avant de mourir, Étienne prononce les mêmes paroles que Jésus sur la croix : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché », puis il meurt.
C’est la fin de l’histoire d’Étienne, mais Luc vient de faire entrer dans le décor Saul de Tarse. Et naturellement, c’est parce qu’on va bientôt parler de lui !




