L’invitée du jour — Nadia Magalhaes : apaiser les rivalités entre frères et sœurs

Les conflits entre frères et sœurs, souvent perçus comme de simples désagréments familiaux, sont en réalité des révélateurs profonds des dynamiques de l’âme humaine. Loin d’être de banales chamailleries, ces rivalités constituent un terrain fertile pour la construction identitaire et les futures relations sociales, offrant aux parents un rôle pivot dans l’accompagnement de leurs enfants.
Nadia Magalhaes, psychomotricienne spécialisée en guidance parentale, a récemment éclairé ce phénomène complexe, soulignant l’universalité de ces tensions et leur importance capitale dans le développement de chaque individu.
L’universalité des conflits fraternels : un miroir de l’identité
Les disputes entre frères et sœurs ne sont pas une anomalie, mais une composante intrinsèque de la vie familiale. Dès le plus jeune âge, elles peuvent déstabiliser les parents, mais selon Nadia Magalhaes, elles sont « universelles » .
Ces conflits masquent une multitude d’émotions : jalousie, sentiments d’injustice, ou encore un profond besoin d’attention. La relation fraternelle, souvent la plus longue de notre vie, est décrite comme « la première école de la vie », un « terreau où vont se construire les bases de l’estime de soi, des futures relations sociales ». Les rivalités sont, pour la spécialiste, un « indicateur qu’il y a quelque chose qui n’est pas encore bien construit, qui est appelé à se construire au niveau de l’identité de chacun ». Elles posent des questions fondamentales pour l’enfant : « Est-ce que je suis aimée ? Si oui, jusqu’où ? Est-ce que j’ai de la valeur ? Quelle est ma place ? »
Le rôle crucial des parents : amour et limites saines
Face à ces tensions, les parents se retrouvent souvent désemparés. Leur rôle est pourtant « immense », selon Nadia Magalhaes. Il se résume à deux piliers essentiels : l’amour inconditionnel et les limites saines.
« Le rôle des parents, c’est de répondre aux besoins des enfants et les enfants ont essentiellement besoin de deux choses. D’amour, premièrement, d’amour inconditionnel, sans cesse à renouveler, d’amour concret, qu’on passe du temps avec eux, qu’on leur dise régulièrement des paroles valorisantes. Mais un enfant a également besoin de saines limites pour pouvoir sortir de cet égocentrisme naturel qui est là au départ », explique Nadia Magalhaes. La mission parentale est double : « bien remplir le réservoir émotionnel de chaque enfant d’un côté, et de l’aider à sortir de ce qu’on appelle peut-être toute-puissance infantile de l’autre ». L’objectif est d’aider l’enfant à développer une estime de soi saine tout en cultivant une « vraie considération pour les autres », acceptant que sa valeur est égale à celle de ses pairs.
Éviter les comparaisons et personnaliser l’amour
Pour apaiser les relations, un conseil primordial est d’« éviter à tout prix les comparaisons entre les frères et les sœurs », même si elles sont bienveillantes. L’enfant ne cherche pas une égalité parfaite mais à savoir s’il « compte ». L’amour parental doit être « personnalisé ». Il ne s’agit pas de prouver aux enfants qu’on les aime « tous pareil », ce qui est une « fausse bonne idée », mais de les rassurer individuellement « sans faire référence à l’autre ou aux autres ».
Défis spécifiques des familles recomposées
Les familles recomposées présentent des défis supplémentaires. La situation peut être « insécurisante pour certains enfants », et les rivalités peuvent se jouer « sur plusieurs niveaux, pas seulement entre les enfants ». Paradoxalement, certains enfants s’ajustent plus facilement car « les liens du sang ne sont pas aussi prégnants et la charge émotionnelle va être différente » avec des demi-frères ou demi-sœurs. Cependant, la question des rivalités se posera toujours dès lors qu’il y a plusieurs enfants sous un même toit.
Le respect avant l’amour et la recherche d’aide
Face à des relations conflictuelles, Nadia Magalhaes livre un conseil fondamental : « visez le respect avant l’amour ». L’amour ne se commande pas, mais « le respect, ça c’est obligatoire, c’est la base de la vie en société ». Un enfant a le droit de ressentir de la colère ou de la haine, mais « il n’est absolument pas en droit de se montrer irrespectueux envers son frère ou sa sœur, jamais. Pas plus en parole qu’en acte ».
Enfin, la spécialiste insiste sur l’importance de ne pas « banaliser le sujet » des relations fraternelles, car ce qui s’y joue a un « impact profond sur le parcours de vie d’un enfant, sur sa future vie sociale ». Si les tensions persistent, il ne faut pas hésiter à « chercher de l’aide, chercher des ressources ». Un dernier conseil précieux est de prendre des « temps de qualité en exclusivité avec chacun de vos enfants », une démarche qui peut faire toute la différence.
Première diffusion le 13 novembre 2025.








