L’invité du jour — Dr Amaury Salavert : Comment soulager la douleur de l’enfant ?

Une chute dans la cour de récréation, une poussée dentaire, un mal de ventre ou une otite : tous les parents sont un jour confrontés à la souffrance de leur enfant. Pourtant, mesurer l’intensité du mal et trouver le bon geste pour apaiser son tout-petit demeure un exercice délicat. Le Dr Amaury Salavert, pédiatre et médecin de la douleur, livre de précieux repères pour réagir avec discernement et bienveillance. Face aux larmes d’un enfant, l’adulte hésite parfois entre inquiétude et crainte du simple caprice. Pour le Dr Amaury Salavert, le doute n’a pas lieu d’être : « Ce qui est intéressant de comprendre avant tout, c’est qu’un enfant ne sait pas grader sa douleur. C’est-à-dire qu’un enfant jusqu’à cinq-sept ans ne mentira pas sur la douleur, il a authentiquement mal, mais une douleur de constipation sera aussi forte pour lui qu’une appendicite. » Dès lors, l’évaluation repose moins sur des mots précis que sur l’observation de son comportement. Lorsque le tout-petit ne parle pas encore, certains signaux doivent guider l’attention parentale. « Les pleurs inconsolables sont souvent le meilleur des signes. Ce n’est pas une erreur de toucher son enfant, de regarder s’il grimace ou s’il pleure plus quand on touche le ventre, ou s’il est tombé sur le bras, de toucher tout le bras tout autour doucement pour voir si la douleur se propage », souligne le médecin. Si la douleur persiste malgré les bras consolateurs, la vigilance s’impose. Pour les blessures légères du quotidien, les remèdes les plus simples demeurent les plus salutaires. Le praticien rappelle la valeur affective du soin : « Le bisou magique reste le meilleur des médicaments et […] on n’a pas fait mieux depuis deux millions de médecines dans beaucoup de situations. Donc oui, le bisou magique fait partie du traitement. » En cas de plaie superficielle ou de brûlure légère, nul besoin de recourir d’emblée à des produits agressifs : de l’eau et du savon suffisent dans la majorité des situations, l’essentiel étant d’apaiser l’angoisse de l’enfant. Concernant les traitements médicamenteux, le Dr Amaury Salavert précise que l’usage du paracétamol n’est « jamais une erreur ». L’ibuprofène, bien que manié avec plus de prudence dans les pays francophones avant consultation médicale, s’avère pour sa part « extrêmement efficace » dans les contextes de traumatologie tels que les entorses ou les fractures. Quand faut-il franchir la porte d’un cabinet médical ou se rendre aux urgences ? Le pédiatre préconise de demander un avis dès lors qu’une souffrance se révèle « non soulageable en quelques minutes ou au bout d’une heure avec la prise de paracétamol ». La question se pose également pour les plaintes récurrentes, comme les céphalées, les maux de ventre ou les douleurs dans les jambes. Ces troubles sont fréquents : en France, la migraine concerne 5% des enfants à cinq ans, 15% à quinze ans et 20% à vingt ans, tandis que 10 à 15% des plus jeunes se plaignent régulièrement de douleurs abdominales. « Très souvent, ce qu’on appelle douleur de croissance, douleur abdominale récurrente, maux de tête, céphalée de tension, sont associés à un trop-plein émotionnel et peut valoir le coup d’en discuter avec un professionnel de santé », note le médecin, tout en observant que les médicaments sont généralement peu efficaces sur ces affections répétées. Lorsqu’un geste technique anxiogène se profile, tel qu’un vaccin ou des points de suture, le rôle des pères et mères consiste avant tout à offrir une présence rassurante. « Le parent doit mettre des œillères de bienveillance, juste regarder le visage de l’enfant, ne pas se préoccuper du reste », encourage le Dr Amaury Salavert. En maintenant cette posture protectrice et sereine, l’adulte demeure le repère indispensable qui permet à l’enfant de traverser l’épreuve.Reconnaître et évaluer une souffrance authentique
Du pouvoir de la réassurance aux premiers soins
Savoir consulter sans banaliser








