L’invitée du jour — Mayanick Rémir : Epuisement, sortir du mode survie

Les femmes actives, compétentes et engagées sont de plus en plus nombreuses à se sentir épuisées, parfois jusqu’à la rupture. Derrière la performance et l’engagement se cache parfois un épuisement difficile à expliquer et d’autant plus à surmonter. Posons un regard nouveau sur cet épuisement avec Mayanick Rémir, thérapeute spécialisée en régulation émotionnelle. On s’attache souvent au moment présent, à la femme telle qu’on la voit aujourd’hui. Mais il faut savoir que tout se joue dans l’enfance. On a une partie de notre cerveau très méconnue, qu’on appelle le mode survie. Le système nerveux autonome va savoir si on est en sécurité ou en insécurité. Souvent, on va valoriser le cerveau cognitif : la pensée, l’intelligence, alors que tout se joue de manière complètement inconsciente. Quand on est brillante et performante, on l’est souvent depuis l’enfance. Il faut comprendre qu’un enfant, avant la nourriture ou la sécurité, va chercher l’attention de ses parents. Et pour continuer de recevoir cette attention, qui est vitale pour lui, l’enfant comprend qu’il doit maintenir cette image coûte que coûte. Et c’est à partir de ce moment-là, et pour pouvoir être toujours validé, qu’on va développer cette image de soi, cette personnalité. Beaucoup de femmes semblent particulièrement touchées par cet épuisement, davantage que les hommes. Elles peuvent pourtant ne pas se reconnaître dans les signes classiques du burn-out, tout en ressentant malgré tout une fatigue profonde et diffuse, une fatigue invisible. Les femmes cumulent les injonctions de l’éducation et celles de la société : sois brillante, sois parfaite, sois belle. On parle d’être brillante au travail, mais aussi d’être la mère parfaite, l’amie qui accompagne. On a cette charge mentale qui fait qu’on endosse tout un tas de casquettes et qui est bien plus que ce que notre corps peut supporter. À un moment donné, le corps dit stop, bien avant qu’on ne le comprenne par la pensée. Souvent, on n’entend pas les alertes du corps. La société valorise la force, le fait de tenir, etc., mais à un moment donné, on ne peut pas faire plus. On va alors ressentir cette fatigue, sans savoir vraiment la nommer. C’est la fatigue invisible, la fatigue émotionnelle. Le corps a besoin de repos, de moments où on ne fait rien. L’épuisement n’est donc ni un manque de volonté, ni un problème d’organisation, mais une alerte profonde de notre système nerveux. Face à cette fatigue profonde, on entend souvent des conseils liés au « lâcher prise » ou à la « pensée positive ». Comment sortir du mode survie et retrouver un état de sécurité intérieur ? On ne peut pas apprendre à lâcher prise. Un système nerveux se sent en sécurité, donc validé, uniquement s’il est toujours dans cette même performance. Pour pouvoir vraiment lâcher prise, il faut être qui je suis, indépendamment de ce que je produis, indépendamment des moments où je suis performante. C’est ça la vraie sécurité. Être libre d’être soi-même : parfois brillante, parfois non, parce que c’est humain. Pour moi, l’important est vraiment déjà de comprendre, d’avoir ce déclic que ce n’est pas notre faute et de déculpabiliser. Souvent, on pense être des adultes qui choisissent, mais en fait, on est des enfants à vouloir prouver qu’on mérite l’attention que l’on a. Tout est en nous. On n’a pas besoin de s’améliorer. Je sais que le développement personnel distille cette idée qu’il faut se développer, donc s’améliorer, mais il est souvent mal compris. Moi, je parle plutôt de débarrassement personnel, c’est-à-dire de se débarrasser de toutes ces injonctions sociales, éducatives et culturelles qu’on a depuis tellement longtemps, et de revenir à qui on est vraiment, tout simplement.








