L’invité du jour — Hugues Rolland du Roscoat : le nouveau visage des « Tanguy », quand le logement retarde l’indépendance

Face à l’escalade des prix et au coût de la vie galopant, de plus en plus de jeunes adultes, y compris ceux qui sont déjà insérés professionnellement, se retrouvent contraints de prolonger leur séjour au domicile parental ou d’y retourner après une période d’indépendance. Cette tendance, loin d’être anecdotique, révèle des dynamiques économiques et sociétales profondes, impactant les équilibres familiaux. Hugues Rolland du Roscoat, expert économique, sociologique et immobilier, met en lumière les multiples facettes de cette « génération rebond », soulignant que cette situation n’est pas toujours synonyme d’échec, mais souvent le reflet de choix pragmatiques ou de contraintes économiques. Contrairement aux idées reçues, la majorité de ces jeunes adultes ne sont pas inactifs. « Loin du cliché du jeune adulte sans emploi, 74% des jeunes qui vivent chez leurs parents ont un emploi, dont 48% en CDI », précise Hugues Rolland du Roscoat. Il identifie deux grands profils derrière cette statistique : Le premier groupe rassemble des individus confrontés à une situation de précarité. L’inflation et la hausse des prix de l’immobilier rendent difficile de « joindre les deux bouts », poussant ces jeunes à rester chez leurs parents en attendant une meilleure stabilité financière. Le second profil concerne des jeunes actifs ayant un objectif précis. Ils choisissent de vivre au domicile familial dans le but de « mettre de côté pour pouvoir constituer un apport » en vue d’un projet immobilier, l’achat d’une voiture ou la création d’une entreprise. Il s’agit donc d’une stratégie délibérée pour épargner. En France, le départ du foyer familial intervient en moyenne à 23 ans. Cependant, cette moyenne masque des évolutions significatives. « Là, on est vraiment sur des jeunes qui soit ont fait le choix de rester chez leurs parents, soit sont revenus habiter chez leurs parents après avoir pris leur indépendance », explique l’expert. Les enjeux de pouvoir d’achat, liés à la hausse des prix du carburant, de l’immobilier et des matières premières, sont les principaux moteurs de cette tendance. Avec un petit revenu, « on a du mal à vivre de façon totalement indépendante ». Le retour au bercail n’est pas sans conséquences sur les dynamiques familiales. Près de 89% des jeunes qui reviennent chez leurs parents retrouvent des « réflexes d’adolescent ». Pour maintenir une relation d’adulte à adulte, l’expert suggère d’établir un « contrat moral » : « Tu reviens à la maison et par contre, tu participes aussi un petit peu aux frais. » D’ailleurs, une large majorité de jeunes contribuent aux dépenses : plus de la moitié d’entre eux de manière régulière et les autres de façon plus symbolique. Cependant, les parents sont souvent en première ligne pour amortir le choc économique de cette cohabitation. 83% des parents concernés voient leurs dépenses quotidiennes augmenter. Hugues Rolland du Roscoat met en lumière un « vrai sens du sacrifice des parents », prêts à réduire leurs loisirs, puiser dans leur épargne, reporter des projets personnels, voire contracter un prêt pour les plus modestes, afin de soutenir leurs enfants. Cette situation peut engendrer des effets psychologiques variés. Certains jeunes ou parents choisissent de cacher cette cohabitation à leur entourage. Si le retour au foyer peut être une source de soulagement et de sérénité pour les jeunes ayant connu des périodes difficiles (comme la précarité étudiante), il peut aussi générer de l’inquiétude chez les parents concernant l’avenir de leur enfant. Pour éviter que cette cohabitation ne s’installe indéfiniment, les parents jouent un rôle crucial. Que ce soit en aidant financièrement au quotidien, en participant aux frais d’aménagement d’un nouveau logement, ou en contribuant à la constitution d’un apport pour un achat immobilier, les parents sont des facilitateurs essentiels vers la prochaine étape de l’indépendance de leurs enfants. Hugues Rolland du Roscoat conclut en soulignant l’importance de cette aide parentale, souvent temporaire, pour permettre aux jeunes de réaliser leurs projets et de s’insérer durablement dans leur vie d’adulte autonome. Pour plus d’informations, retrouvez les résultats complets de l’étude “Logement : ces jeunes actifs contraints de rester ou de revenir chez leurs parents”.Deux profils de « jeunes adultes co-résidents »
Un changement sociétal profond
Cohabitation : entre contrat moral et sacrifices parentaux
Les effets psychologiques et la quête d’indépendance








