L’invité du jour — Allergies respiratoires en hausse : le point avec le Dr Frédéric Le Guillou

Les allergies respiratoires deviennent une préoccupation sanitaire majeure dans les pays occidentaux, affectant quotidiennement des millions de personnes et touchant particulièrement la qualité de vie des enfants. Rhinites, asthme et troubles du sommeil sont quelques-unes des manifestations de cette réaction excessive de notre système immunitaire face à des substances a priori inoffensives. Le Dr Frédéric Le Guillou, allergologue, pneumologue et président de Santé Respiratoire France, décrypte les mécanismes et les défis de ces pathologies.
Le mécanisme des allergies : quand le corps se méprend
Selon le Dr Le Guillou, l’allergie respiratoire est une « réaction excessive de notre système immunitaire face à des substances qui normalement sont présentes dans l’air que l’on respire et que l’on appelle des allergènes ». Chaque jour, nous inhalons plus de 15 000 litres d’air, et pour les personnes allergiques, le corps identifie à tort certains composants comme une menace, produisant des anticorps qui déclenchent alors la réaction allergique. Cette prédisposition est souvent liée à un « terrain génétique familial qu’on appelle aussi le terrain atopique ».
Cependant, la génétique n’est qu’une partie de l’équation. « Il faut avoir une prédisposition, il faut avoir l’environnement qui va avec », explique le Dr Le Guillou, soulignant que la plupart des maladies respiratoires, y compris les allergies, sont des maladies environnementales.
Les allergènes : une menace omniprésente
Les coupables sont multiples et se trouvent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos habitations. « On vit plus de 90% de notre temps à l’intérieur », rappelle le spécialiste. Dans nos domiciles, les acariens, les poils d’animaux et les moisissures sont les principaux allergènes. À l’extérieur, les pollens sont les plus connus.
Mais ce n’est pas tout. De nombreux facteurs peuvent aggraver ou déclencher ces réactions. Le Dr Le Guillou pointe du doigt « les parfums d’intérieur qui sont des irritants, les bougies parfumées qui dégagent des toxiques », ainsi que la pollution atmosphérique. « En particulier les particules diesel qui peuvent fragmenter les allergènes, qui peuvent pénétrer plus profondément dans notre arbre respiratoire », précise-t-il. Même les produits ménagers sont concernés : « les sprays ménagers peuvent aggraver les allergies à cause des gaz et des composés qui peuvent être compris dedans. » Le médecin conseille de nettoyer son environnement, mais de ne pas systématiquement désinfecter, car cela « déséquilibre tout l’environnement qu’il y a autour de nous et toutes les substances que l’on est susceptible d’inhaler. »
Quand devient-on allergique ?
Si 30% de la population française est concernée, la question de l’âge d’apparition des symptômes est fréquente. « Il n’y a pas vraiment d’âge pour savoir quand est-ce que l’on devient allergique, ça peut survenir à n’importe quel âge », affirme le Dr Le Guillou. Il est néanmoins rare que cela survienne avant l’âge de un à deux ans, le système immunitaire nécessitant une certaine maturité. La première manifestation clinique d’un terrain allergique chez le très jeune enfant est souvent l’eczéma, un indicateur de « fort risque qu’il puisse développer ensuite une rhinite voire un asthme quand il grandit. »
Symptômes et complications : de la gêne à l’essoufflement
Les symptômes des allergies respiratoires varient selon les zones touchées. Le nez est souvent le premier affecté, entraînant une rhinite avec « le nez qui coule extrêmement clair comme de l’eau, ça gratte également au niveau du nez et on peut avoir le nez bouché ». Les yeux ne sont pas épargnés, se manifestant par des conjonctivites avec « des yeux rouges, des yeux larmoyants, des yeux qui grattent, qui brûlent. »
Lorsque les bronches sont atteintes, on parle d’asthme, qui se caractérise par une toux, un essoufflement « à l’effort lors du rire ». Toutes ces manifestations ont « la même cause avec une expression des symptômes qui est différente selon l’organe touché ».
Traitement et guérison
Face à l’augmentation des cas, la question du traitement et de la guérison est cruciale. « On peut et les traiter et en guérir », assure le Dr Le Guillou. La première étape consiste à limiter le contact avec l’allergène : aérer le logement, laver régulièrement les draps, aspirer.
En complément, des traitements médicamenteux symptomatiques, comme les antihistaminiques, sont disponibles. Cependant, le seul traitement qui permet une guérison durable est la désensibilisation. « Là, on s’attaque vraiment à la cause en donnant des petites doses d’allergènes tous les jours pour rééduquer le système immunitaire et guérir de la maladie », conclut le Dr Le Guillou.
La sensibilisation et la prise en charge précoce sont essentielles pour prévenir les complications et améliorer la qualité de vie des personnes atteintes d’allergies respiratoires.
Première diffusion le 30 janvier 2026.








