L’invité de la semaine — Dominique Nothomb, Centre de Prévention du Suicide

## Le suicide en Belgique : un fléau silencieux et des solutions d’urgence
Chaque jour en Belgique, entre quatre et cinq personnes perdent la vie par suicide, plaçant le pays dans le triste top 5 européen. Face à cette réalité alarmante, le Centre de Prévention du Suicide (CPS) d’Ixelles se mobilise sans relâche, offrant écoute, formation et accompagnement pour briser le silence et tendre la main aux personnes en détresse.
Dominique Nothomb, directrice du centre, éclaire sur les missions vitales de cette institution, vieille de 55 ans, et souligne l’importance cruciale de l’aide disponible, accessible 24h/24 et 7j/7.
### Le Centre de Prévention du Suicide : un refuge 24h/24
Le Centre de Prévention du Suicide est une pierre angulaire de la lutte contre le suicide en Belgique francophone. Sa mission principale repose sur une ligne d’écoute téléphonique anonyme et gratuite, joignable en permanence. « Cette ligne d’écoute a la spécificité d’avoir des répondants qui sont des bénévoles, formés par une équipe de professionnels », explique Dominique Nothomb.
Au-delà de l’écoute, le CPS s’engage dans la formation et la sensibilisation pour les professionnels de la santé et du secteur psychosocial. Un troisième pilier est l’accompagnement psychothérapeutique, assuré par des psychologues cliniciens auprès de personnes suicidaires et de familles endeuillées par suicide. Ce maillage d’actions est porté par une équipe de plus de 100 personnes, dont plus de 90 bénévoles.
### Qui peut solliciter de l’aide ?
Les services du CPS s’adressent à un large spectre de personnes. « Il s’agit tout d’abord de personnes qui ont des idées suicidaires, mais également l’entourage, la famille ou toute personne qui a autour d’elle une personne qui a des idées suicidaires ou qui est passée à l’acte », précise Dominique Nothomb. En 2025, le centre a répondu à plus de 20 000 appels, témoignant de la demande croissante d’aide.
### Des chiffres alarmants et une province particulièrement vulnérable
La Belgique enregistre environ 2 000 suicides par an. Un chiffre qui la classe parmi les pays européens les plus touchés. La province du Hainaut se distingue par une vulnérabilité particulière. « Le Hainaut est une province qui est particulièrement vulnérable sur le plan socio-économique, avec un cumul de différents indicateurs : l’indicateur de pauvreté, le taux de chômage élevé, et souvent un isolement social préoccupant », révèle la directrice.
Un indicateur particulièrement frappant concerne les jeunes : « En 2023, en Belgique, ce sont 550 mineurs qui ont été hospitalisés suite à une tentative de suicide. Sur ces 550 mineurs, 168 jeunes hennuyers ont été admis aux urgences suite à une tentative de suicide, alors que la moyenne nationale par province est plutôt autour de 50. » Ces chiffres soulignent l’urgence d’un accompagnement renforcé pour la population.
### Les signes d’alerte : une complexité à reconnaître
Identifier les signes d’une souffrance psychique menant à des pensées suicidaires est complexe car le passage à l’acte est toujours multifactoriel et propre à chaque individu. Cependant, Dominique Nothomb évoque certains comportements pouvant alerter l’entourage. « Les idées suicidaires sont toujours liées à une souffrance infinie. Il existe une série de comportements qui sont le fait d’une souffrance psychique importante », comme un état dépressif, la prise de risques excessifs, la consommation d’alcool ou de drogues, un laisser-aller en termes d’hygiène et d’apparence, le repli sur soi, l’isolement ou le renoncement aux activités.
La directrice met en garde : « Parfois, une personne qui a l’air particulièrement joviale, qui a une attitude de clown, peut cacher une grande tristesse. » La situation est donc particulièrement délicate à déceler.
### Ressources et messages d’espoir
Face à la détresse, des ressources existent. La première est l’entourage : « Identifier avec la personne ce qui pourrait constituer une ressource dans son entourage, un membre de sa famille, un ami, voire un professionnel, un médecin. » Si ces ressources ne suffisent pas, le Centre de Prévention du Suicide reste une option essentielle. Le site preventionsuicide.be propose également une mine d’informations, incluant un guide dédié aux jeunes de 12 à 18 ans, abordant les questions qu’ils se posent face aux idées noires.
Pour conclure, Dominique Nothomb adresse un message d’espoir poignant : « Toute personne vaut vraiment quelque chose, qu’elle n’hésite pas à solliciter de l’aide, elle mérite d’être écoutée, entendue, voire accompagnée. »
Le soutien est essentiel et personne ne devrait rester seul face à la souffrance. La ligne d’écoute du Centre de Prévention du Suicide, le 0800 32 123, est joignable 24h/24. En cas de difficulté à joindre la ligne, il est possible d’envoyer un courriel à [email protected] pour un suivi rapide.








