L’invité du jour — Olivier Daube — La paternité en quête de sens : entre héritage et réinvention

La figure du père est en pleine mutation. Loin de l’image traditionnelle du pourvoyeur autoritaire, il se redéfinit aujourd’hui au gré des attentes de la société : présence, engagement, équilibre entre vie professionnelle et familiale. C’est ce que révèle le documentaire « Les nouveaux darons ou pas », diffusé sur France Télévisions, en explorant les parcours personnels de pères contemporains. Olivier Daube, l’un des protagonistes, nous éclaire sur cette évolution.
Une paternité aux multiples visages
En 2026, la paternité ne se limite plus à une définition unique. « Je pense qu’il y a autant d’enfants que de pères et de modes d’éducation aujourd’hui », affirme Olivier Daube. Pour lui, chaque père doit écrire son propre manuel en s’adaptant avant tout aux enfants, qui sont « la priorité ». L’écoute et l’investissement sont devenus des qualités primordiales. Si autrefois le père était principalement le « pourvoyeur financier », les parents d’aujourd’hui aspirent à une parité des charges, qu’elles soient mentales ou éducatives, malgré la persistance de freins socioculturels.
Le documentaire met en évidence des trajectoires paternelles divergentes, soulevant la question de la « nouveauté » de la paternité. « Ce qui est paradoxal, c’est qu’on appelle le film les nouveaux darons, mais les sociologues dans le film disent que la thématique des nouveaux pères date d’une trentaine d’années », souligne Olivier Daube. Cependant, il constate une nette différence par rapport à la génération de ses parents : un rapport « affecto-associatif » bien plus présent.
Présence quotidienne et questionnements intimes
La paternité actuelle semble surtout dictée par l’envie et s’articule autour de la présence au quotidien. « La présence au quotidien est l’alpha et l’oméga d’une relation parent-enfant », explique Olivier Daube. C’est à travers son propre regard, celui de ses amis et des experts que le documentaire explore la parentalité contemporaine. Il révèle notamment une différence marquée entre hommes et femmes dans l’échange sur la paternité. « Entre hommes, je pense que c’est très différent entre les femmes, on ne se donne pas de tips. Jamais on n’a parlé de choses intimes, sur comment on paie, comment on s’y prend avec ses enfants. On a des relations bien plus superficielles », confie-t-il, soulignant le caractère encore « un petit peu tabou » de ces discussions. Malgré cela, il ressent une présence paternelle plus forte qu’il y a une génération.
En quête de nouveaux repères
Les pères d’aujourd’hui sont-ils en quête de repères ? Olivier Daube n’est pas aussi catégorique. « Je pense qu’aujourd’hui, les hommes savent vers où tendre. On n’y arrive pas forcément, c’est ce que dit la femme du réalisateur Julie dans le film, c’est qu’on a l’impression d’y être mais on n’y est pas toujours. On n’a pas encore cet équitable partage de charge mentale. Néanmoins, je pense qu’il y a une volonté. » Il observe un questionnement parental beaucoup plus marqué que chez la génération de ses parents, qui « vivait les choses sans trop se poser de questions ». Ce questionnement s’opère désormais « à deux », impliquant un partage non seulement de la logistique, mais aussi de la charge psychique liée à l’éducation.
Malgré ces avancées, des stéréotypes persistent. Olivier Daube en a lui-même fait l’expérience lors de sa séparation. « À l’heure de notre séparation, je demande bien d’alterner que je ne tiens pas. Et moi, je me suis interrogé sur le pourquoi. Et je pense qu’il y a encore des stéréotypes que la mère éduque mieux, entre guillemets, ses enfants, que le père s’investit plus ou que sais-je encore. » Il estime qu’un « vrai travail » est nécessaire pour parvenir à plus d’équité.
Un appel à la réflexion
Le documentaire n’a pas pour vocation d’apporter des réponses toutes faites, mais plutôt de stimuler la réflexion. « Ma conviction, c’est qu’on n’a pas les réponses et que si ça peut permettre de faire réfléchir, c’est un petit peu l’enjeu de ce film », explique Olivier Daube. Il souhaite encourager les téléspectateurs à se questionner sur leur rôle de père, de fils et d’homme, à l’heure où les notions de virilité et de masculinité sont également en pleine évolution. « Notre film est réussi avec Anne si les gens se posent des questions et s’interrogent individuellement et collectivement au sein de leur couple, au sein de leur famille et échangent avec leur fils ou leur fille. » La paternité contemporaine navigue ainsi entre héritage et réinvention, entre responsabilité et un engagement émotionnel de plus en plus affirmé.








