L’invité du jour — Grégoire François-Dainville : Fin de vie, quelles conséquences pour la société ?

Alors que le débat parlementaire sur la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté se poursuit, diverses associations se mobilisent contre cette réforme. La Fondation Jérôme Lejeune, par la voix de son directeur général, Grégoire François-Dainville, estime que ce projet de loi représente “une régression sociale” et un “abandon” des personnes vulnérables. Le processus législatif concernant la fin de vie continue de susciter de vives réactions en France. Plusieurs associations, dont la Fondation Jérôme Lejeune, ont lancé une campagne nationale intitulée « L’euthanasie est un abandon », afin d’alerter sur les implications profondes d’un tel changement sociétal. Grégoire François-Dainville met en lumière la portée de ce débat, bien au-delà de la sphère individuelle : « Aujourd’hui, sauf légitime défense, tuer son prochain est un crime. Alors là, on va créer un permis de tuer en quelque sorte au nom d’une liberté. » Il s’interroge sur la notion de liberté lorsque l’État ne fournit pas les moyens de vivre, d’être soutenu, accompagné. Selon lui, ce projet de loi soulève des questions fondamentales sur notre société : « On va être finalement tous concernés puisqu’à un moment donné, on va tous être amenés à nous poser cette question : est-ce que je ne suis pas un poids pour ma famille ? Est-ce que je ne coûte pas trop cher à la sécurité sociale ? ». Il s’agit d’un « enjeu de civilisation » et, loin d’être un progrès, il représente « une régression sociale qu’il faut absolument rejeter ». Le slogan percutant de la campagne, « L’euthanasie est un abandon », vise à interpeller. Grégoire François-Dainville explique cette formule : « Quand votre enfant souffre, quand votre papa se sent inutile, se sent seul, a envie de mourir, qu’est-ce que la solidarité ? Qu’est-ce que la fraternité ? Est-ce que c’est hâter sa mort ? Est-ce que c’est lui dire, ‘oui, tu as raison, tu es inutile, tu ne sers à rien’ ? ». Il oppose cette vision à la vraie fraternité qui consiste à « l’écouter, l’accompagner, le soulager, l’entourer. C’est le contraire de l’abandon. Et l’abandon, c’est l’euthanasie. » Le débat sur la fin de vie interroge notre rapport à la fragilité et à la dépendance. La Fondation Jérôme Lejeune, œuvrant auprès de personnes atteintes de déficience intellectuelle, s’inquiète d’une vision de la société qui percevrait les personnes fragiles comme une charge. « Et dans cette loi, finalement, il y a un peu de ça parce qu’on va classer les personnes. Il y a celles qui méritent d’être accompagnées et puis celles à qui on va proposer de mourir », déplore-t-il, rejetant une « vision libérale de la société » et une « vision utilitariste de l’homme ». Face à cette législation, les opposants soulignent l’insuffisance des soins palliatifs en France. La Cour des comptes elle-même a révélé que 50% des besoins en soins palliatifs ne sont pas couverts et qu’une vingtaine de départements n’ont pas d’équipe de soins palliatifs. Grégoire François-Dainville déplore que les engagements successifs des gouvernements en la matière ne soient pas tenus. Il insiste sur le fait que le développement des soins palliatifs et la légalisation de l’euthanasie sont incompatibles : « C’est toujours moins cher d’injecter un produit qui va conduire à la mort du patient que de mobiliser toute une équipe pour prendre en charge ses besoins physiques, psychologiques, humains. » Pour lui, il faut des moyens et des engagements pérennes pour développer ces soins essentiels. La campagne encourage les citoyens à interpeller leurs parlementaires. Grégoire François-Dainville exhorte la population à s’engager : « Les choses ne sont pas pliées, loin de là. » Il souligne que beaucoup de députés ont besoin du soutien de leurs électeurs pour avoir le courage de s’opposer au texte. « Nos députés ont aussi le courage de leurs électeurs. Donc soyons courageux, écrivons-leur. Ne rien dire serait cautionner ce texte », explique-t-il, proposant d’envoyer une carte postale à son député pour l’encourager. Face aux inquiétudes des Français concernant la douleur, la solitude ou la perte de dignité en fin de vie, Grégoire François-Dainville se veut rassurant : « Les Français, quoi qu’on en dise, ne veulent pas être euthanasiés. Ce qu’ils craignent, c’est d’être seuls. Ce qu’ils craignent, c’est d’être un poids. Ce qu’ils craignent, c’est de souffrir. » Il rappelle que les médecins savent aujourd’hui soulager la douleur et que « l’interdit de tuer » est protecteur en obligeant le corps médical à tout mettre en œuvre pour le patient. Il conclut avec espoir : « Nous avons des Français qui sont généreux, des Français qui sont solidaires, nous avons des soignants qui sont formidables et nous avons des raisons d’espérer encore pour demain. »Un enjeu de civilisation et une remise en question de l’équilibre pénal
L’euthanasie : un abandon face à la fragilité
Les soins palliatifs : une priorité négligée
L’appel à la mobilisation citoyenne









