L’invité du jour — Patrice Costa — Le chant du retour, un mirage ? La biodiversité aviaire face à un déclin préoccupant

Si le retour de certaines espèces d’oiseaux en France apporte une lueur d’espoir, la réalité du déclin global de la population aviaire demeure alarmante. Fragmentation des habitats, agriculture intensive et dérèglement climatique menacent la faune, soulignant l’urgence d’une action globale et concertée.
Patrice Costa, président de l’Institut européen d’écologie, dresse un tableau contrasté de la situation. Alors que certains oiseaux rares refont surface, la majorité des espèces sont confrontées à une baisse drastique, interrogeant l’efficacité des mesures de protection actuelles.
Une biodiversité menacée malgré quelques succès
« On a une espèce sur trois qui est en déclin. » C’est le constat alarmant que fait Patrice Costa, précisant que sur les quelque 300 espèces d’oiseaux nichant en France, « deux espèces sur cinq sont cette fois-ci en voie de disparition ». Un chiffre édifiant qui relativise les annonces de retours d’espèces. Le pic du déclin est attribué à la perte d’habitats naturels, à l’intensification des pratiques agricoles et à l’expansion urbaine.
Les plans nationaux d’action, à l’instar de celui mis en place pour le Balbuzard pêcheur ou le Milan royal, ciblent des espèces spécifiques et ont montré une certaine efficacité. Toutefois, Patrice Costa insiste : « L’important, le plus important, c’est l’habitat. » La destruction des haies, pourtant essentielles à la biodiversité, pour accroître les surfaces cultivables, illustre cette dichotomie. « On plante une forêt linéaire qui sera efficace dans 20 ou 30 ans, et à côté de ça, on rase des haies qui, elles, sont productives », déplore-t-il.
Des politiques publiques aux actions citoyennes : la mobilisation s’impose
Interrogé sur les politiques ayant prouvé leur efficacité, Patrice Costa évoque en premier lieu « la loi de 1976 », qui a permis de protéger les rapaces, autrefois chassés sans relâche. Il souligne également le rôle crucial des Conservatoires d’espaces naturels et de la loi Labbé, interdisant l’usage de produits phytosanitaires en milieu urbain. Cette dernière a favorisé le retour des insectes et, par ricochet, des oiseaux.
Malgré ces avancées, des symboles comme le Moineau domestique subissent un déclin rapide en ville, lié à la rénovation des bâtiments. « Les populations de Moineaux domestiques… ont entre 60 et 70 % de flux », précise Patrice Costa, un chiffre qui témoigne de l’impact des changements urbains sur la faune locale.
Face à l’ampleur de la tâche, l’engagement de chacun est primordial. « Adhérer à une association de protection de la nature » est, selon Patrice Costa, un moyen simple et efficace de contribuer. Protéger les oiseaux, c’est bien plus que préserver une seule espèce ; c’est « préserver des écosystèmes entiers et maintenir un équilibre essentiel au vivant ». L’appel à l’action est clair : la biodiversité aviaire est un miroir de la santé de nos écosystèmes, et sa protection est l’affaire de tous.







