L’invité du jour — Stéphane Simonnet — Le 8 mai 1945 : fin d’un conflit, aube d’un nouvel ordre mondial

Le 8 mai 1945 marque la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, une date gravée dans la mémoires collectives. Cependant, derrière cette commémoration symbolique se cache une succession d’opérations militaires et de décisions politiques complexes qui ont conduit à la victoire des Alliés et redéfini la géopolitique mondiale. L’historien Stéphane Simonnet revient pour nous sur les étapes clés de cette période charnière.
Stéphane Simonnet souligne l’importance du 8 mai comme « la date qui marque l’arrêt des hostilités en Europe, donc les combats contre l’Allemagne nazie ». Néanmoins, cette victoire est le fruit d’un long processus militaire. Le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, l’« opération Overlord », est un jalon décisif. « Les Alliés reconquièrent ce territoire en commençant par ce débarquement en Normandie avec le débarquement de Provence le 15 août 1944 », explique Stéphane Simonnet. Cette stratégie en tenaille a permis de « prendre l’armée allemande qui va refluer sur les Rouges » et de la placer « entre deux feux : les forces anglo-américaines et canadiennes sur le front ouest, et puis l’Armée rouge qui déferle aussi d’Est en Ouest sur le front de l’Est ». L’objectif clair d’Eisenhower n’était pas seulement la libération de la Normandie, mais de « foncer vers Berlin et d’attaquer l’Allemagne nazie au cœur du Reich ».
Entre le débarquement et la capitulation, près d’un an s’écoule, jalonné d’étapes militaires cruciales. La libération de Paris en 1944, avec l’aide du général de Gaulle et de la 2e DB, ainsi que la progression des Alliés vers la Belgique et les Pays-Bas, sont des moments clés. L’offensive allemande des Ardennes de décembre 1944, tentée par Hitler, échoue. Dès janvier 1945, l’armée allemande est prise sous les attaques conjointes de l’Est et de l’Ouest. Stéphane Simonnet insiste sur le rôle essentiel de l’Armée rouge, véritable « rouleau compresseur » qui parvient aux portes de l’Allemagne et de Berlin dès mars-avril 1945.
La capitulation allemande est un épisode marqué par une double signature. Une première est actée le 7 mai 1945 à Reims, au quartier général d’Eisenhower. L’amiral Dönitz, successeur de Hitler, « rend les armes dans une école à Reims ». Cependant, l’absence des Soviétiques à cette première signature conduit à une seconde, « le 8 mai, cette fois-ci à Berlin, à 23h01 très précisément ». Cette seconde cérémonie réunit les Soviétiques, les Américains, les Français et les Anglais, soulignant déjà les prémices d’une division future.
Sur le plan militaire, cette capitulation est « sans condition », signifiant un arrêt total des hostilités. Sur le plan politique, elle marque le début d’une « période un peu de guerre froide ». La différence des dates de commémoration — le 8 mai pour les Occidentaux et le 9 mai pour les Russes en raison du décalage horaire — est un indicateur précoce des tensions à venir. L’entrée des troupes russes les premières dans Berlin, suivie des Américains, « dessine déjà une Europe de la guerre froide », explique l’historien.
Le 8 mai 1945 n’est pas seulement la fin d’un conflit, mais « le début d’un nouvel ordre mondial ». La course pour Berlin entre les Américains et les Russes « inaugure une nouvelle ère qui sera celle de la guerre froide », formellement entamée par le discours de Churchill à Fulton en 1946. Stéphane Simonnet conclut que cette date est à la fois la « fin d’un second conflit mondial en Europe » et l’avènement d’un « nouvel échiquier politique et géopolitique autour de cette capitulation allemande ». Le 8 mai 1945 ouvre ainsi une nouvelle ère de reconstruction, de tensions et de recomposition du monde.







