L’invitée du jour — Marie-Liesse Malbrancke : Quand le célibat révèle un autre visage de l’amour

Autrefois perçu comme un échec sentimental, le célibat s’impose aujourd’hui comme un mode de vie. Chez les jeunes adultes, la proportion de personnes vivant sans partenaire a doublé en 50 ans aux États-Unis. Si le célibat n’est plus uniquement subi, subsistent encore de nombreux freins à la relation amoureuse. Que signifie être célibataire aujourd’hui et quels peuvent être ces freins, qui empêchent d’aimer ou de se laisser aimer ? Réponse avec Marie-Liesse Malbrancke, coach en relations amoureuses. Pour commencer, il y a des célibataires de toutes générations et de toutes origines. Aujourd’hui, on parle beaucoup de célibat choisi, qui est très valorisé dans notre société. Et pourtant, beaucoup de célibataires souffrent énormément et n’arrivent pas à rencontrer quelqu’un. Beaucoup de freins existent. Parmi eux, celui d’intellectualiser énormément l’amour, ou de le fantasmer, ce qui fait qu’on ne se confronte pas au réel. Si on s’ouvre et qu’on se confronte à la relation, à la discussion, au dialogue, on va pouvoir s’ouvrir à l’autre beaucoup plus facilement. L’amour peut énormément faire peur. Pourtant, on peut se confronter à nos peurs. C’est d’ailleurs le seul moyen de les dépasser, parce qu’on va se rendre compte qu’on en est capable. Oui, l’amour peut faire peur, mais c’est ce dont nous avons tous besoin. Le couple n’est heureusement pas la seule source d’amour. Les personnes célibataires peuvent nourrir leurs besoins émotionnels sans dépendre exclusivement d’une relation amoureuse. J’aime bien rappeler qu’un enfant qui naît sans être touché, meurt. Le toucher est donc quelque chose d’important. J’encourage vraiment les célibataires à être pris dans les bras par leurs proches, potentiellement à se faire masser également. Et bien entendu aussi à passer du temps de qualité avec ses amis, à créer des liens. C’est la répétition qui crée l’attachement. Devenir ami avec quelqu’un ne va pas se faire en un claquement de doigts, mais va arriver à force de s’ouvrir dans un lien, dans des activités ou dans des thèmes qui nous parlent. Quand on est célibataire, c’est également important d’avoir des amis qui le sont aussi, des amis qui puissent nous comprendre et comprendre ce qu’on vit. Et là, nos besoins émotionnels sont remplis. Qu’il soit choisi ou imposé, le célibat révèle nos désirs, nos forces et nos fragilités. Il peut toutefois être vécu d’une toute autre manière lorsqu’on l’expérimente à travers le prisme de la foi. Dans de nombreuses églises, les femmes célibataires sont plus nombreuses que les hommes, ce qui peut créer une certaine tension. Entre pression au mariage et attentes spirituelles, comment trouver sa place et s’épanouir en tant que croyant célibataire ? Je pense que les femmes ont une grande part d’intériorité et de spiritualité. Sans vouloir faire de généralité, les hommes viennent souvent à l’église par la femme, ce qui crée un vrai déséquilibre. On voit beaucoup plus de femmes que d’hommes dans les églises, souvent 10 femmes pour 2 hommes. Aujourd’hui, je vois énormément de couples qui disent que les célibataires dans l’église leur font énormément de bien, de par leur disponibilité, leur engagement, leur joie et leur écoute. La place des célibataires est hyper importante. Ils ont aussi beaucoup plus de possibilités d’investissement, notamment dans la prière mais aussi dans des services ou autres. L’idée n’est pas d’être tout le temps à l’église, parce que c’est bien aussi d’aller vers d’autres environnements. Mais les célibataires ont une vraie place. Il faut vraiment le valoriser et les remercier pour ça. De nombreux célibataires oscillent entre le désir de rester disponibles pour une rencontre, et la volonté de construire leur vie sans attendre que l’amour frappe à leur porte. Marie-Liesse nous conseille de choisir d’avancer, plutôt que d’attendre. Je suis vraiment convaincue qu’il est impératif d’avancer. Avancer, ça ne veut pas dire fermer toutes les écoutilles et ne pas laisser de place. Ça veut juste dire construire son bonheur. Lorsque nous attendons de vivre le couple, nous attendons simplement de vivre. Pour les chrétiens, il est impératif de se rappeler que Dieu nous appelle à être heureux aujourd’hui. Il nous accompagne aujourd’hui. Et donc si on attend de vivre notre aujourd’hui, on est aussi un peu déconnecté de Dieu. Donc je crois que c’est impératif d’avancer, de s’épanouir, de se connaître et de créer des liens. C’est ça qui fait qu’on va être heureux, qu’on va rayonner et qu’on va finalement attirer quelqu’un à soi.








