L’invité du jour — David Métreau revient sur le drame de Crans-Montana et le soutien des églises

Revenons sur ce drame qui a plongé la Suisse dans le désarroi et le deuil dans la nuit du Nouvel An. À Crans-Montana, un incendie d’une violence exceptionnelle a ravagé le bar Le Constellation. Le bilan se porte aujourd’hui à 41 personnes décédées et 115 autres blessées, en majorité des jeunes. Revenons sur les faits, mais aussi sur les leçons à tirer de ce drame avec David Métreau, rédacteur en chef du magazine Christianisme Aujourd’hui.
Alors que la soirée du Nouvel An bat son plein, l’incendie se généralise en quelques minutes dans le bar. Les investigations se sont rapidement portées vers les bougies fontaines utilisées durant la soirée, la mousse de plafond ainsi que la conformité des sorties de secours. L’enquête rencontre actuellement un certain nombre de difficultés, parmi elles la disparition des images de télésurveillance des caméras situées aux abords de la boîte de nuit.
L’enquête s’est concentrée autour du couple Jacques et Jessica Moretti, poursuivis notamment pour négligence. Ils seront de nouveau entendus les 11 et 12 février pour examiner les responsabilités et les vérifications par rapport à la mousse. La question est de savoir si elle était bien ignifugée. Jacques Moretti avait été incarcéré puis libéré sous caution avec des conditions assez strictes, une caution de 200 000 francs suisses qui correspond à environ 215 000 euros, l’obligation de pointer tous les jours dans un commissariat, et le retrait de ses papiers d’identité pour éviter une fuite éventuelle.
Un des points de vigilance de l’enquête porte sur la disparition des images de télésurveillance. Ces images ont-elles été délibérément détruites ? C’est un concours de circonstances un petit peu fortuit, malheureusement. À ce stade, il faut être assez prudent sur les responsabilités des uns et des autres. Ce qu’il semble vraiment y avoir eu, c’est une cascade de négligences. Mais après, je pense que c’est trop tôt pour se prononcer sur les détails et notamment cette question des images de télésurveillance.
La tragédie de Crans-Montana s’inscrit dans une série de drames survenus dans des discothèques. Au mois de mars de l’année dernière en Macédoine du Nord, puis à Goa en Inde début décembre, faisant des dizaines de morts et de blessés en moins d’un an. Tragédies successives desquelles on peut tirer des enseignements.
C’est toujours des drames et même si ça peut être lointain, je trouve ça normal que ça puisse nous toucher. C’est un appel à la responsabilité de ces bars, de boîtes de nuit, de lieux qui reçoivent du public. On voit aussi que toutes ces normes de sécurité, qui peuvent être contraignantes au quotidien, sont extrêmement importantes. La question est : qu’est-ce qu’on fait de ça, comment réagit-on face à ces événements et comment peut-on être les plus solidaires, les plus humains possible.
Guy Parmelin, président de la Confédération suisse, a décrit l’incendie de Crans-Montana comme « l’une des pires tragédies que la Suisse ait connues ». Dès l’annonce du drame, la communauté chrétienne s’est rapidement mobilisée pour venir en aide aux victimes, à leurs familles et à toutes les personnes impactées par cette tragédie. Beaucoup d’églises se sont ouvertes pour proposer recueillement et solidarité. Des initiatives qui mettent en évidence la place des églises dans la société pour soutenir et communiquer l’espérance.
Le vendredi 9 janvier, à 14 h, les cloches ont pu résonner dans tout le pays, pour marquer un deuil national. À ce moment-là, les églises sont restées ouvertes pour offrir un espace de prière et d’écoute, une oreille attentive. « Donne-nous de croire que rien ne nous séparera de ton amour. » Ça a été la conclusion d’une prière collective interreligieuse, prononcée lors de cette cérémonie de deuil nationale, dans le canton du Valais.
Les églises ont gardé une forme d’expertise face au deuil. Quand la société peut être démunie et quand il y a des drames, les gens vont retrouver l’église. Je pense qu’il y a un rendez-vous à ne pas manquer. Historiquement, l’église accompagnait toutes les étapes importantes de la vie : les naissances, les mariages, le décès. Il est important de garder ce lien et que les églises restent ouvertes pour proposer une écoute, une espérance, en parole et en acte.
Lorsqu’on vit un tel drame, on peut se sentir complètement abandonné, croire même qu’il n’y a plus d’espoir. Mais il y a toujours une espérance. Ce n’est pas parce qu’on vit une chose difficile que tout est fini, qu’il n’y aura plus de joie, qu’il n’y aura plus d’espoir. Jésus est celui qui montre le chemin et qui est là justement contre tout espoir et qui dit que la vie n’est pas finie. Parfois, justement, ce sont les personnes qui ont vécu des drames terribles, qui peuvent être un soutien pour les autres. Cette douleur prend alors un sens. Et finalement, même quand on vit des drames, il reste de la vie, il reste de l’espoir, il reste du beau.
Photo © Christian David – Wikimedia / Le bar Le Constellation, qui a pris feu dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier.


Christian David – Wikimedia / Le bar Le Constellation, qui a pris feu dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier.




C.Simon pour les EDC