Jérôme Garnier – Les sorcières de Tik-Tok

Jérôme Garnier – Les sorcières de Tik-Tok
Grain de sel/poivre ?

 
 
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Le retour des sorcières

Jérôme : Si vous pensiez le temps de sorcières révolu, détrompez-vous ! Qui n’a pas encore entendu parler de l’application Tik Tok ? La star 2020 des réseaux sociaux c’est bien Tik Tok, cette appli a complètement explosée en France notamment durant le confinement. Même Microsoft espère la racheter, c’est dire !

PHARE FM : Quel est le principe rapidement de cette application ?

Jérôme : Narcissisme de notre siècle oblige, il s’agit surtout de se filmer sur une musique pendant quelques secondes. C’est le principe du montage sur une musique qui fait son succès notamment auprès de la génération Z c’est à dire des jeunes nés à la fin des années 90.

PHARE FM : Mais ce qui a attiré votre attention c’est ce qui s’y passe, n’est-ce pas ?

Jérôme : Oui, on se dit que bon c’est sympa, fun de s’envoyer des vidéos de soi, on rit entre amis et puis on passe à autres choses. Mais, c’est qu’il y a un mais, à l’image de Youtube ou d’Instagram, il y a de véritables tendances qui en disent long sur notre jeunesse. Influence et manipulation pullulent sur ces réseaux.

PHARE FM : Quelle est donc cette tendance dont vous vouliez nous parler aujourd’hui ?

Jérôme : C’est un article du 4 août paru dans un quotidien national français qui nous parle d’un véritable phénomène en particulier sur Tik Tok : le retour des sorcières.
Tik Tok serait même devenu selon un média américain, écoutez bien : “ le refuge de la sorcellerie moderne”.
Bah oui, il faut dépoussiérer tout ça, il ne s’agit pas de sorcière sur balai mais de sorcières très modernes appelées souvent “baby witch” bébé sorcière, c’est plus accrocheur.

PHARE FM : Alors qu’est-ce qu’elles racontent ces sorcières, quel est leur profil ?

Jérôme : Bon il y a quelques hommes mais ce sont véritablement les femmes qui prennent le pouvoir dans cette catégorie. Elles ont généralement entre 20 et 40 ans et épousent des causes à la mode à savoir l’écologie et le féminisme. Mais ne vous attendez pas à des femmes aux cheveux noires avec des corbeaux au dessus de l’épaule, elles sont bien souvent ce qu’il y a de plus normal comme la fille de vos voisins par exemple. Leurs conseils varient entre savoir quelles sont les meilleurs pierres commes source d’énergie, savoir rédiger son livre des ombres pour progresser dans ses pratiques de sorcières, quelles sont les meilleures recettes pour tel ou tel sort ou encore savoir bâtir un petit autel dans sa chambre.

PHARE FM : D’où vient ce succès selon vous ?

Jérôme : Je dirais trois choses : la première est la convergence des luttes, la mode de l’écologie et du féminisme met en lumière la sorcellerie. La sorcellerie a ce contact charnel avec les éléments naturels, leur énergie est primordial pour les sorcières. Et puis c’est devenu la figure du martyr des femmes car pourchassées pendant des siècles.
D’ailleurs en France, l’ancienne secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa a même signé une pétition intitulée : “Sorcières de tous les pays, unissons-nous” fin d’année dernière.
Et puis le travail de fond de la saga Harry Potter commence à porter là du fruit. Toutes les nouvelles sorcières sont de cette génération qui a vu et revu ces films. La culture populaire n’a jamais autant banalisé le phénomène de la sorcellerie.

PHARE FM : C’est finalement un avertissement que vous lancer aux parents aujourd’hui.

Jérôme : Combien les réseaux sociaux sont pernicieux ! Nos jeunes ont tellement besoin de repères, de créer du lien avec des communautés. Ils ont une réelle soif spirituelle et , si la famille ne répond pas à ces besoins, cela se fera ailleurs et les dangers sont nombreux. La sorcellerie même sous des airs rose bonbon est une pratique dangereuse. Si les sorcières en herbe ont presque toutes des angoisses et des pierres pour se protéger ce n’est pas un hasard. Je me répète, mais la culture populaire est bien plus influente que nous le pensons. Restons vigilants en tant que parents.